Tokyo Selfie

Le film écolo qui fait buzzer la Chine

Notre correspondant à Tokyo ausculte l’actualité dans le miroir du Japon et de ses réseaux

Cent millions de visionnements en deux jours. Cent millions! En Chine, l’événement médiatique du week-end n’était ni Dragon Blade, le dernier Jackie Chan, ni la tournée extrême-orientale du fringant prince Willliam, mais un documentaire indépendant mis en ligne samedi et puissamment relayé via les réseaux sociaux. Sur Weibo, Tencent ou WeChat (les plateformes propres à l’Internet chinois), on ne parle que de ça: Under the Dome, 103 minutes de prise de conscience sur les méfaits du smog et de l’industrie sur la santé de la population.

Under the Dome, c’est d’abord une force de narration. Celle de la journaliste Chai Jing, 39 ans, ancienne de CCTV (la chaîne officielle du parti), partie en croisade contre la négligence environnementale depuis qu’une tumeur bénigne diagnostiquée sur sa petite fille a nécessité une intervention chirurgicale avant même la venue au monde de l’enfant. Selon plusieurs études citées par Chai Jing, la pollution est liée en Chine à plusieurs centaines de milliers de naissances prématurées chaque année.

Témoignages, incarnation, investigation: Under the Dome donne corps à des craintes et des soupçons grandissants au sein d’une classe moyenne dont la mobilité sociale va de pair avec une conscience aiguisée (et nécessaire) de sa propre santé. Quelque part entre une conférence TED, Erin Brockovich, et Une Vérité qui dérange, Under the Dome donne parfois dans l’émotionnel – telle fillette qui n’a jamais vu le ciel bleu ou telle quinquagénaire non fumeuse dont les poumons sont noirs et gluants – pour mieux mettre en perspective les problèmes de fond. Exemple: des compagnies pétrolières nationales qui n’améliorent pas la qualité des carburants, et un manque d’application de la réglementation dans le secteur de la métallurgie.

Juste avant une réunion du Congrès national du peuple et peu après la nomination d’un nouveau ministre de l’Ecologie, le message n’a pas échappé à l’œil des censeurs: si Under the Dome est toujours en ligne, l’agence de presse nationale Xinhua a prié plusieurs médias de retirer des contenus publiés à propos du documentaire, et plusieurs journalistes ont déclaré avoir fait l’objet de pressions.

Trop tard: la portée virale de Under the Dome traduit une défiance à l’égard des organes gouvernementaux. Selon un sondage réalisé par la chaîne Phoenix TV (basée à Hongkong) et cité par le LA Times , 33,5% des 27 000 répondants déclarent n’avoir foi ni dans les actions du gouvernement, ni dans une amélioration prochaine de la qualité de l’air.