cinéma

Le film muet qui parle à l’Amérique

Le grand cinéma hollywoodien, dont les fastes et les mythes nous hantent à jamais, se réduit de plus en plus à une surenchère d’effets spéciaux, une déferlante de superhéros visant à remplir le tiroir-caisse grâce au public adolescent.

Champion du dinosaure et du Martien en image de synthèse, Hollywood a soudain l’occasion de retrouver un peu de son âme perdue à travers un film français qui lui renvoie l’image de sa splendeur révolue: The Artist.

Formellement anachronique, puisqu’il est non seulement en noir et blanc, mais muet, ce film différent se permet encore de raconter une histoire simple, celle d’une vedette hollywoodienne qui, par orgueil, tombe de son piédestal et reste aveugle à l’amour. Il renoue avec une innocence perdue, avec la grâce des pionniers du cinématographe. Avec l’enfance de l’art. Le public sort émerveillé: il avait oublié que les images pouvaient véhiculer autant d’émotions, du rire aux larmes.

Jean Dujardin tient le rôle principal. En lui se réincarnent la vitalité de Douglas Fairbanks, l’élégance de Gene Kelly. Le pitre qui s’est fait connaître en jouant les imbéciles heureux (Brice de Nice, OSS 117) est en passe de devenir le nouveau French Lover de Hollywood. Du jamais-vuedepuis Maurice Chevalier! The Artist est en lice pour les Oscars. Et les Américains n’en reviennent pas de ne pas avoir eu l’idée de ce film à l’ancienne.

Au commencement, personne ne voulait entendre parler de The Artist. Tous les producteurs se défilaient. Il en a fallu un, encore mû par l’amour du cinéma et le goût du risque, pour que le projet voie le jour. Thomas Langmann n’a pas fait une étude marché. Il a juste cru au rêve de Michel Hazanavicius. Il y a de la superbe dans son geste, comme il y en avait chez les producteurs d’autrefois.

Michel Hazanavicius et Jean Dujardin ne sortent pas de prestigieuses écoles d’art. Ils viennent de la télévision. Le premier a appris le métier en filmant des guignoleries sur Canal +. Le second s’est fait connaître à travers des sketches comiques. Ils ont développé un sens exceptionnel de l’observation. Ils font des films à succès avec la modestie des artisans.

Michel Hazanavicius rappelle que The Artist n’est pas une déclaration de guerre contre la 3D. Effectivement, c’est juste un film d’auteur, une vision d’artiste qui, par sa simplicité, par son honnêteté, vient réenchanter le cinéma et peut-être, en conjurant la malédiction du blockbuster infantilisant, rendre à Hollywood sa dignité.

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