L’éco de la semaine

La fin d’un petit monde

CHRONIQUE. Trois indices récoltés cette semaine au SIHH de Genève nous indiquent qu’une page de l’histoire horlogère suisse est en train de se tourner

Pas d’inquiétudes. Le titre de cette chronique sonne un brin anxiogène, mais on ne parlera ici que de salons horlogers. Car cette semaine s’est justement tenu à Genève le Salon international de haute horlogerie (SIHH) et il y fleurait un doux parfum de fin d’époque.

D’abord, c’était la dernière fois que ce salon avait lieu en janvier. Dès 2020, ce sera fin avril, juste avant Baselworld. Tant pis pour les clients du monde entier qui profitaient de venir skier avant d’acheter leurs montres. Et tant mieux pour les deux rendez-vous horlogers qui ont enfin réussi à dépasser leurs petits différends.

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Ce changement de dates est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Ce sera la fin d’une parenthèse de dix ans puisque les deux événements se sont suivis jusqu’en 2009. Une parenthèse durant laquelle l’industrie horlogère suisse se sentait si forte qu’elle pouvait imposer aux détaillants, journalistes et clients finaux du monde entier de faire deux fois le déplacement en Suisse – à deux mois d’écart. Cette arrogance s’estompe et ce n’est pas plus mal.

Innovations et traditions. Et traditions et innovations

Tout n’est pas qu’une histoire de dates. Le vocabulaire des marques a évolué. En règle générale, elles parlaient d’innovations et de traditions. De croissance à deux chiffres, «surtout en Asie». De nouvelles complications. Et aussi de traditions et d’innovations. Cette année, certains discours sonnaient comme renouvelés, plus originaux. Plus actuels.

Il faut dire qu’en quatre ans, 12 des 18 grandes marques exposantes ont changé de patrons. Et – nous n’avons pas tenu de statistiques détaillées, mais – la plupart de ces nouveaux chefs d’entreprise sont plus jeunes que leurs prédécesseurs. Ce changement de génération a fait souffler un vent frais sur la communication – et la créativité – des marques.

Tour d’adieu

Enfin, c’était la dernière fois que Richard Mille et Audemars Piguet prenaient part au salon. Là aussi, on pourrait objecter que si deux marques sur 35 plient bagage, ce n’est guère important. Faux: car ces deux entreprises figurent parmi celles qui rompent le plus visiblement avec les codes d’hier.

Richard Mille, avec ses montres «bonbons» aussi délirantes que réussies. Imaginez un stand rose, vert, bleu, jaune fluo, une explosion de couleurs pour mettre en valeur des pièces ultra haut de gamme saveur réglisse et langues de chat. Audemars Piguet, de son côté, avec sa nouvelle collection particulièrement controversée qui a monopolisé toutes les conversations les premiers jours de l’événement – même chez les concurrents.

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Fin mars, on pourra mesurer si ce vent nouveau souffle aussi à Bâle. Ce qui ne fait guère de doutes sachant que le chef d’orchestre de la manifestation est entré en fonction l’été dernier et a promis de rompre avec la vieille époque.

Ces différents indices laissent penser que l’horlogerie est bel et bien en train de franchir un cap. D’entrer dans une nouvelle ère. Réjouissons-nous: a priori, elle semble même plutôt bien armée pour y connaître encore quelques décennies de succès.

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