La guerre pour l’emploi n’est pas encore perdue, mais de loin pas gagnée. La récession qui a frappé les Etats-Unis en 2007 se distingue de toutes les précédentes depuis la ­Seconde Guerre mondiale par la persistance du chômage. Les Américains, d’ordinaire si prompts à se remettre en selle, ont cassé leur machine à créer du travail. Ils découvrent le chômage de longue durée, le plus difficile à résorber comme l’Europe le sait trop bien. De ce point de vue, on assiste à la fin de l’exception américaine.

En position délicate pour les élections de mi-mandat, Barack Obama tente de remporter au moins une bataille avec son nouveau plan de relance. Quitte à creuser encore le déficit abyssal des finances publiques. Au rythme actuel, la dette américaine dépassera 100% du produit intérieur brut avant 2015.

A court terme, le président américain n’a guère de choix car la politique monétaire, l’autre levier d’action, a tiré toutes ses cartouches. Voilà d’ailleurs un point commun avec le Vieux Continent. Comme la Fed, la Banque centrale européenne mène une politique ultra-accommodante – sans effet sur la reprise. L’économie tombe dans ce qu’on appelle une trappe à liquidité, un afflux d’argent bon marché qui ne trouve pas preneur. Ou qui, comme en Suisse, prépare des bulles que la Banque nationale ne peut prévenir sous peine de faire encore davantage flamber le franc.

Les acteurs trop endettés – ménages aux Etats-Unis, Etats et institutions financières en Europe – doivent assainir leur budget. Or, si tous le font en même temps, la récession mondiale est programmée.

Pour l’instant, l’Europe vit en décalage. La situation de l’emploi tend à s’améliorer et la croissance reste positive. De son côté, l’économie helvétique se singularise, avec tous ses indicateurs au vert. Cependant, si les Etats-Unis rechutent, l’ensemble de la planète, la Suisse comprise, en subira les conséquences. Car le dynamisme de l’Asie ne compense pas encore le poids de ce qui reste, de loin, la première économie du monde.