Revue de presse

La fin de l’idylle entre le Valais et le présomptueux Oskar Freysinger

Les médias n’ont pas de mots assez durs pour expliquer la déculottée qu’a prise l’UDC au premier tour de l’élection au Conseil d’Etat ce dimanche. Le ton général des commentateurs est presque à la «Schadenfreude»

Lors du deuxième tour, «on verra si, dans ce gouvernement, il y a de la place pour une droite qui défend encore certaines valeurs traditionnelles», dit Oskar Freysinger dans la vidéo de l’ATS visible sur le site du Nouvelliste, «ou bien si c’est définitivement quelque chose qui fait partie du passé. Moi j’avais cru que dans notre société, c’était plutôt quelque chose qui avait cours et qui avait retrouvé un peu de couleur. Le résultat d’aujourd’hui me refroidit complètement.» Il y reconnaît cependant que son «erreur», la principale dit-il, est «d’avoir sous-estimé la capacité de mobilisation du PDC», arrivé en tête devant les deux socialistes lors du premier tour de l’élection au Conseil d’Etat valaisan.

Lire aussi: Les Valaisans sanctionnent Oskar Freysinger

Résultat: le candidat UDC est aujourd’hui virtuellement hors du gouvernement. Car «il a eu tout faux», dit le quotidien valaisan dans son éditorial, «ne comprenant pas qu’il sortait affaibli de ces quatre ans. […] Le vote sanction a eu lieu dans une ampleur que personne n’imaginait», car Oskar Freysinger «a voulu cliver le canton avec Ensemble à droite et s’est retrouvé, par sa faute, complètement isolé». A gauche, ce journal parle déjà d’un «match interne» qui vire au «Freyxit»…

Une sanction «si logique»

Mais la résonance du camouflet infligé à la droite dure dépasse largement les frontières du Vieux Pays. «KO au premier tour» résume le Blick. Mais pour la Tribune de Genève et 24 heures, la «sanction» contre Freysinger est «si logique»! Elle s’avère être «une véritable déculottée pour l’UDC qui durant quatre ans n’a cessé de se prévaloir de son triomphe électoral et de sa légitimité populaire pour justifier tous les excès et tous les dérapages». Elle marque «la fin de l’idylle entre le Valais et son enfant le plus terrible».

Lire aussi: Elections au Conseil d’Etat valaisan: avantage au PDC, Oskar Freysinger cinquième

Or celui-ci «avait promis la rupture avec «le système», entendez par là une politique des petits copains, faite d’arrangements et de renvois d’ascenseur». «Promesse non tenue», avec «un réflexe clanique proprement inimaginable» dans l’affaire Cleusix, sous la houlette […] d’un chef […] querelleur, vindicatif et toujours sur la brèche pour défendre ses idées les plus virulentes contre l’islam aux quatre coins de l’Europe. Et de conclure: «Mais que l’on ne se trompe pas, le Valais n’en est pas pour autant devenu un canton de centre gauche. Avec ou sans Freysinger, l’UDC fera pour longtemps partie du paysage politique.»

En attendant, l'«erreur» du conseiller d’Etat sortant, aux yeux du Matin, «aura été toute simple: celle d’avoir été présomptueux et aveuglé par l’opinion démesurée qu’il a de lui-même. En quatre ans, les Valaisans ont appris à le connaître […]. Ils ont cerné son côté égocentrique, sa vulgarité et son approche «alternative» de la vérité. […] C’est peu dire qu’il a regardé ces manifestations de haut, estimant qu’il lui suffisait de faire partie du «subconscient» des Valaisans pour être élu. Dorénavant, il lui reste deux semaines pour se réhabiliter.»

Une seconde manche «palpitante»

«L’anabolisant et la testostérone populistes ne feraient-ils plus effet?», se demande pour sa part La Liberté de Fribourg. «Avide», Oskar Freysinger «a voulu rafler la mise, mais s’est pris le râteau du bon sens populaire dans le museau». Alors, «pour le second tour, le maigre espoir de l’UDC consiste à capter les milliers de voix de la droite conservatrice qui lui ont échappé, de ces citoyens horripilés par la perspective de deux fauteuils socialistes au Conseil d’Etat». Cela ne «doit pas conduire» la gauche «à vendre trop vite la peau de l’ours. La seconde manche le 19 mars prochain s’annonce palpitante.»

Vers un «printemps valaisan»?

Si la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) parle elle aussi d’une «claque» pour l’UDC, elle constate surtout que c’est Christophe Darbellay qui «est devenu le nouvel homme fort du gouvernement», «son grand contradicteur» selon la Basler Zeitung et le Tages-Anzeiger, après un «combat de coqs». Le site Watson.ch titre quant à lui sur le fait que «le pourfendeur de l’islam se dit victime d’une chasse aux sorcières», non sans se moquer un peu au passage, comme la NZZ d’ailleurs, de l’omniprésence du vin lors des scrutins en Valais, comme «une symbiose». Mais ce n’est certainement pas pour ça que le Walliser Bote évoque un éventuel «printemps valaisan» comme il y a eu un «printemps arabe»…

Publicité