En lançant la campagne pour la suppression de l’impôt anticipé, les milieux patronaux ont renversé un argument qui leur est d’habitude opposé. «Il est temps de mettre fin aux cadeaux fiscaux que la Suisse fait à ses concurrents», ont clamé les responsables des grandes faîtières économiques du pays. Les sondages montrent que ce sujet de vote est le plus serré des trois soumis au peuple suisse le 25 septembre prochain. Dans ce contexte, la prise de judo des patrons pourrait bien fonctionner. Un oui placera la Suisse au niveau de ses adversaires. Il bénéficiera bien à l’économie nationale.

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La Suisse a en effet laissé d’autres pays développer une spécialité financière dans laquelle elle est une naine: le marché des obligations. La place luxembourgeoise y excelle au contraire. Qu’a-t-elle de plus que la Suisse? Rien. Qu’a-t-elle en moins? Un impôt, qui complique la vie de celles et ceux qui veulent investir en Suisse et agit comme un repoussoir. C’est justement ce que le souverain a l’occasion de biffer dans les urnes.

Issu de la guerre froide

La retenue anticipée de 35% a une histoire. Cet impôt est issu de la guerre froide. Il visait à empêcher la fraude, puisque les investisseurs ainsi pénalisés récupèrent leur dû une fois leurs revenus déclarés aux autorités helvétiques. Or, il existe aujourd’hui des moyens de lutte plus efficaces. L’échange automatique d’informations, né de la fin du secret bancaire, en est un. L’impôt anticipé a mal vieilli. Le système fiscal d’un pays n’est pas gravé dans le marbre. Il doit évoluer avec son temps. Dans les mois qui viennent, le débat politique suisse se portera d’ailleurs sur la création d’une taxe frappant l’activité oligopolistique des groupes numériques.

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Prétendre que lever cet impôt anticipé favoriserait la criminalité économique étrangère, comme le fait la gauche, est erroné. Les principaux bénéficiaires de cette suppression seraient les entités suisses comme les caisses de retraite qui n’ont pas la possibilité d’émettre d’emprunt depuis l’étranger.

Chiffres critiquables

Les chiffres sur lesquels se base le camp du oui pour affirmer que cette suppression ferait grimper le PIB sont critiquables. Mais même si les revenus espérés sont plus faibles qu’escompté, les pertes liées à la suppression de l’impôt anticipé représentent 0,2 pour mille du budget fédéral. Le risque est donc limité.

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Enfin, il tombe sous le sens que les multinationales suisses qui ont dû développer à l’étranger des compétences aussi vitales que le financement et la trésorerie voudront disposer de ces précieux savoir-faire à leur siège respectif. On aurait simplement voulu l’entendre de la bouche de leurs dirigeants durant cette campagne.

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