La punition promise est arrivée. Le monopole républicain sur le pouvoir à Washington a été brisé. Le Parti démocrate est en passe de contrôler les deux chambres du Congrès, le Sénat peut-être d'une seule voix, ce qui lui donnera la direction de toutes les commissions. George Bush conserve les puissants instruments dont il a abusé, mais ils sont limés. Il demeure commandant en chef, mais la défenestration express de Donald Rumsfeld, voulue par les démocrates, montre qu'il a perdu quelques lauriers. Le système de «checks and balances» est de nouveau en place, même s'il ne suffit pas à corriger les tares aveuglantes de la démocratie américaine: dollar maître et désinformation lapidaire.

La défaite du président et de son parti contient cependant une leçon plus large. Elle annonce la fin de la courte période durant laquelle les Etats-Unis ont cru être la seule superpuissance et se sont comportés comme telle. Ce moment unipolaire ne pouvait pas durer, mais l'administration américaine a hâté le baisser de rideau par un usage inconsidéré de la force.

Elle a découvert l'asymétrie chère à l'ex-chef du Pentagone, qui rend vaine la supériorité technologique et matérielle, et finit par la paralyser, en Irak ou en Afghanistan. L'armée américaine n'est plus disponible pour d'autres engagements, et elle mettra longtemps à se remettre de la démesure de ses chefs civils.

Les effets de cet hubris se donnent à voir dans les laborieux efforts de la diplomatie américaine autour de la Corée du Nord, de l'Iran, du Soudan, pour retrouver des alliés et dissimuler que les Etats-Unis ont les dents brisées.

La doctrine Bush (préventive) n'a servi qu'une fois. Celle de Colin Powell, le général diplomate qui est parti en silence, l'effacera: la puissance militaire est l'ultime recours, son emploi doit être légitime, largement soutenu à l'intérieur et à l'extérieur, son objectif doit être à coup sûr atteignable. Les électeurs américains, d'une certaine manière, viennent de la ratifier.

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