Révolution de palais

Et à la fin, ce sont les paysans qui gagnent…

Leur lobby est puissant à Berne, on le sait. Le gouvernement coupe partout? Le parlement, aux ordres des paysans, lui tape sur les doigts. Et dope les budgets agricoles, s’amuse notre chroniqueur

Le foot est un jeu simple, disait Gary Lineker: 22 hommes courent après un ballon pendant 90 minutes, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. La politique fédérale, c’est pareil: 246 élus courent après des lois pendant trois semaines, et à la fin, ce sont les paysans qui gagnent. Vous menez 4-0 à la mi-temps, vous les croyez morts, et ils vous enfilent six buts dans les arrêts de jeux.

Ils sont rigolos, les paysans. Ils font passer n’importe quoi à Berne. Comme cette idée valaisanne, adoptée mercredi dernier, d’abattre les loups suisses. Ils doivent être trois et demi à se balader dans les alpages, qu’à cela ne tienne, rien ne retient les paysans. Ils ont voulu interdire les cygnes dans les prés, alors les loups, pensez donc… Il n’y a pas de petit combat pour la paix du bétail. Et tout réussit au puissant lobby. La semaine dernière, il a même réussi l’impossible: augmenter les subventions agricoles dans un tsunami d’économies compulsives. Le gouvernement coupe partout? Le parlement, aux ordres des paysans, lui tape sur les doigts. Et dope les budgets agricoles.

Quand la tondeuse se fait arrosoir

Même la commission des finances s’y met. Oui, la toute-puissante commission des finances. Quand on parle d’agriculture, la tondeuse du Palais fédéral devient arrosoir. Comme par magie. Le nombre d’exploitations est en chute libre? On s’en fiche, donnez-leur plus d’argent. Le Conseil fédéral veut baisser le budget? On s’en fiche, donnez-leur plus d’argent. Quand on parle d’agriculture, la commission des finances se moque des finances. Son seul argument à la tribune du Parlement fut: «Faites quelque chose pour nos paysans.» Et nous, on a dit ok. On a dû nous droguer. Je vais demander un contrôle antidopage.

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Oui, décidément, la politique, c’est comme le foot: c’est essentiellement un jeu d’hommes, ce sont toujours les mêmes qui gagnent, on est dopés, et après le match, on fait la fête, nous aussi. Nous avons nos Ribéry, à Berne. Quand le soleil se couche, pour se changer les idées, il paraît que certains élus font des enfants. C’est dangereux, un autogoal est vite arrivé. Et on risque le hors-jeu. Voire un carton rouge. Mais ça dépend de l’arbitre.

Bref. Revenons à nos moutons. Les paysans règnent sur Berne. Arrosons l’agriculture, et chassons les loups, les cygnes, ou la belette. Je garde toutefois encore un petit espoir de changement: le 7 juillet, à Marseille, la France a battu l’Allemagne. Tout n’est donc pas perdu.

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