Comment l'Europe vit-elle l'Amérique de Trump? Alors qu'une élection majeure se déroulera le 3 novembre, nous consacrons, en partenariat avec l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), une série d’articles à cette Amérique qui fascine toujours, qui trouble ou qui dérange.

En inventant la notion de «soft power», Joseph Nye a nommé un phénomène dont l’étude remonte au moins à Gramsci et Mannheim: la façon dont le pouvoir est exercé par le consentement plutôt que par la coercition. La préoccupation de Nye – dans un livre au titre évocateur de Bound to Lead [«Destiné à diriger», ndlr] – tenait à la manière dont le pouvoir des Etats-Unis sur d’autres Etats découlait du fait que les élites de ces autres pays voulaient les mêmes choses que leurs homologues américains. Ce n’était pas qu’une question de valeurs politiques partagées. Il s’agissait aussi d’une ouverture d’esprit aux arguments étasuniens, notamment après avoir été baigné dans la culture populaire et académique américaine. Métaphoriquement, on pourrait dire que les figures clés de la domination des Etats-Unis en Europe après la Seconde Guerre mondiale n’étaient pas tant Dean Acheson et Dwight Eisenhower qu’Elvis Presley et James Dean.