éditorial

La fin des solutions simples

Le quartier général de Mouammar Kadhafi à Tripoli, la caserne Bab al-Azizia, figure parmi les objectifs militaires que le président français, Nicolas Sarkozy, leader déclaré des va-t-en-guerre, pourrait évoquer ce vendredi devant l’Union européenne

Le quartier général de Mouammar Kadhafi à Tripoli, la caserne Bab al-Azizia, figure parmi les objectifs militaires que le président français, Nicolas Sarkozy, leader déclaré des va-t-en-guerre, pourrait évoquer ce vendredi devant l’Union européenne. Souvenirs… C’est ce même bâtiment que les Etats-Unis avaient bombardé en 1986, sous l’ère Reagan, dans l’espoir d’assassiner le dirigeant libyen.

Ce bégaiement de l’histoire raconte le pouvoir de nuisance que Mouammar Kadhafi exerce depuis des décennies sur la scène internationale. Il rappelle aussi que les Etats doivent se méfier des solutions simples. Bombarder le tyran avait été perçu à l’époque comme un moyen de se débarrasser d’un ennemi à moindres frais. Or l’homme s’en était tiré et, bien que profondément choqué par l’attaque, avait continué à sévir les années suivantes comme si de rien n’était.

Dans la crise libyenne actuelle, les Etats qui ont appelé au départ de Mouammar Kadhafi ont privilégié jusqu’ici les solutions simples: sanctions économiques, interdiction de visa, embargo sur les ventes d’armes, isolement diplomatique et menaces militaires. Ils ont eu parfaitement raison de le faire. Il y avait quelque espoir qu’elles suffisent, même si le dictateur de Tripoli ne partage pas le bon sens d’un Ben Ali ou d’un Hosni Moubarak, ses anciens collègues tunisien et égyptien.

Cela n’a malheureusement pas suffi. Mouammar Kadhafi n’a pas hésité à bombarder son propre peuple. Et les insurgés libyens ne sont pas parvenus à remporter une victoire décisive sur le terrain. La situation peut encore tourner dans un sens ou dans l’autre, comme le montrent les mouvements de troupes désordonnés qui ont eu lieu ces derniers jours dans la région pétrolière de Ras Lanouf. Mais il y a lieu de craindre le pire, comme l’a avoué hier le président du Comité international de la Croix-Rouge, Jakob Kellenberger. A savoir l’installation du pays dans la guerre civile et la multiplication des victimes.

L’heure des solutions difficiles approche. Sauf miracle, les pays susceptibles d’intervenir devront choisir dans de brefs délais entre une intervention militaire périlleuse et l’abandon d’une population en danger. Avec, dans les deux cas, l’assurance que leur décision pèsera non seulement sur la Libye mais sur tout le «printemps arabe».

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