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Le parti de droite populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) prend de l'ampleur en Allemagne.
© FABRIZIO BENSCH / Reuters

Editorial

La fin du tabou allemand

Dans l’inconscient collectif allemand, l’entrée de l’Alternative pour l’Allemagne au parlement fédéral est un séisme. Le pays s’est toujours battu pour empêcher un tel cas de figure

La barrière psychologique est tombée. Le parti de droite populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), dont la récente radicalisation fait craindre une vraie dérive à l’extrême droite, entre au Bundestag avec 12,6% des votes. Dans l’inconscient collectif allemand, c’est un tabou qui se brise et la source d’un profond questionnement. Jamais un parti assimilé à l’extrême droite n’avait siégé au parlement fédéral depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les inquiétudes sont aussi vives à l’extérieur. En France, un député européen a lâché: «Le virus contre le nazisme n’a pas opéré.» D’autres comparent cette percée à l’entrée d’Hitler au Reichstag. Or s’il convient de rester vigilant, il importe tout autant de raison garder. Oui, il y a danger. Oui, l’Allemagne cède elle aussi au populisme et ne fait donc plus exception. Mais son rapport au passé la rend mieux armée que d’autres pour le combattre. 

Essoufflement du système en place 

L’entrée de l’AfD au parlement fédéral n’est pourtant pas une surprise. Le parti, créé en 2013 pour dénoncer l’euro puis pour fustiger l’islamisation supposée du pays et une politique migratoire hors de contrôle, est déjà présent dans 13 Länder sur 16.

Lire aussi: A Marzahn, quartier déshérité du grand Berlin, l'AfD a recueilli 21,6 % des voix

Son arrivée au Bundestag est néanmoins à prendre très au sérieux, car elle coïncide avec l'affaiblissement préoccupant des deux grands partis qui ont longtemps nourri la démocratie allemande, la CDU et le SPD, unis dans une grande coalition depuis 2013. Quatre électeurs sur cinq votaient encore pour les deux partis voici quelques années. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un sur deux.

Sourde aux cris des défavorisés

Si la Willkommenspolitik, la politique de l’accueil promue en 2015 par Angela Merkel, a montré le visage solidaire et moralement remarquable de notre grand voisin du nord, la chancelière en paie aujourd’hui le prix politique pour avoir agi seule, sans consulter les Européens.

Malgré sa solide santé économique, l’Allemagne d’Angela Merkel n’a pas entendu le cri de ceux qui souffrent de précarité salariale, qui ne se reconnaissent pas dans cette Allemagne multiculturelle, globale et prête à ouvrir ses portes aux Syriens fuyant la guerre.

Vers une nouvelle coalition?

Ironiquement, l’AfD utilise le même slogan que le Tea Party outre-Atlantique, appelant à «reprendre le contrôle du pays». Son électorat fait écho à celui de Donald Trump: confiance rompue avec les institutions et volonté de faire «exploser» le système politique, qu’il juge inféodé aux élites. Mais les bons résultats du parti en ex-RDA (21% en moyenne, deuxième force politique) ne doivent pas étonner. Malgré les milliards investis dans le cadre de la réunification, la partie orientale accuse un retard économique qui s’aggrave et la culture démocratique y a moins de trente ans.

Dessin. Le coup de crayon de Chappatte

Pour Angela Merkel, le premier défi sera de constituer une coalition avec des partenaires aux intérêts presque antinomiques, les Verts et les libéraux. Un processus qui pourrait durer des mois s’il aboutit. Le second sera de regagner la confiance des déçus et de combattre sans relâche des députés d’extrême droite qui auront une tribune médiatique unique au Bundestag.

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