Les rapports se succèdent. Les conférences se multiplient. Les codes de bonne conduite s’épaississent. Mais la finance durable ne décolle pas vraiment. Le label, qui se rapporte aux critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG), représente 3% de la fortune gérée en Suisse.

Le frein au durable est d’abord lié à son rendement. Les études montrent que sa performance n’est pas inférieure à la moyenne. Il en faudrait davantage pour faire rêver.

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Le second obstacle tient à sa définition assez élastique. S’il est facile d’exclure les industries militaires et polluantes, où placer la limite? Personne n’ose imaginer que 97% des placements ne mériteraient pas d’être qualifiés de «durables». Faut-il harmoniser la définition? Ce serait une invitation à la production d’une nouvelle bureaucratie ignorant les subtilités de chaque entreprise.

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En fait, il y a de bonnes raisons pour se réjouir de cette apparente modestie. Des progrès majeurs sont en effet enregistrés par la très grande majorité des entreprises. La satisfaction des employés, des clients et des actionnaires est mesurée, scrutée, approfondie, améliorée.

Le durable n’est pas limité à ceux qui s’en revendiquent. Chacun doit prendre garde aux risques de conflits d’intérêts, aux rémunérations abusives et à l’efficience énergétique. Mais alors, pourquoi seules 14% des entreprises suisses obtiennent un satisfecit pour leurs rapports non-financiers, selon le SFI? Pourquoi un quart des 100 plus grandes entreprises suisses ne publie même pas de rapport spécial sur leurs responsabilités environnementale, social et de gouvernance? Est-ce que le cœur n’y est pas?

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Les entreprises suivent les recommandations pour ne pas ternir leur réputation. Elles publient les documents nécessaires. Mais il existe un fossé entre cet esprit de petit fonctionnaire chargé de remplir des cases et un engagement responsable. Le moteur du progrès ne se lit pas en dizaines de pages. Elon Musk, le fondateur de Tesla, n’a pas besoin de prouver son esprit d’innovation à des experts. Le combat du durable doit être mené à force de conviction et d’éducation plutôt que de réglementations. D’ailleurs n’est-ce pas parce que la Suisse est plus libérale qu’elle est plus prospère?