Au début de l’année, Larry Fink, le patron de BlackRock, a montré, à sa manière, que le monde est définitivement en train de changer. Le plus grand gérant d’actifs sur la planète a tout simplement écrit aux CEO des sociétés dans lesquelles il est investi pour prévenir ces derniers qu’ils devaient prendre soin de leur communauté et développer une vision à long terme. Que le social et l’environnement comptaient tout autant que les purs résultats financiers.

Une étape cruciale au vu du poids de l’acteur. Mais la mécanique est enclenchée depuis longtemps. Fonds de pension qui investissent de manière éthique, obligations vertes – comme l’Etat de Genève vient d’en lancer une – font désormais partie de l’univers financier. Un pas supplémentaire vient d’être franchi avec des instruments qui soutiennent les grandes causes. A ce jour, seules deux obligations humanitaires ont été lancées dont une à Genève par le CICR, une réelle innovation à souligner.

Finance et humanitaire, les deux mondes doivent-ils se parler? C’est une évidence. Pour la finance tout d’abord, afin d’orienter des flux d’argent vers des objectifs nobles, une demande à la fois de grandes institutions mais aussi de jeunes investisseurs. Pour l’humanitaire ensuite, afin de bénéficier de nouvelles ressources mais aussi pour professionnaliser encore un peu plus son approche. Un investisseur veut ainsi un historique des opérations sur le terrain et soutiendra volontiers des actions s’il comprend ce qui a fonctionné ou pas dans le passé.

Lors d’une table ronde organisée par Le Temps avec Mirabaud, Scott Weber d’Interpeace et Yves Daccord du CICR ont simplement rappelé qu’ils n’avaient pas le choix. Il faut trouver de nouveaux financements et aussi s’inscrire dans son époque. Ce dernier expliquait: «Bizarrement, certains nous font confiance lorsque nous parlons à des talibans. Mais ils nous suspectent du pire quand nous parlons à des banquiers.»

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De manière générale, humanitaire et économie doivent discuter de manière plus étroite encore. Quand le président du CICR rejoint les instances du WEF, cela lui permet de rencontrer des patrons mais aussi de s’entretenir avec le président chinois en petit comité à Davos. Sur ces sujets, le débat peut devenir émotionnel et des voix discordantes se font entendre. Mais n’est-ce pas ce qui se passe à chaque fois qu’une innovation apparaît?

Genève avec sa place financière et ses organisations internationales a un rôle clef à jouer. Après la mort du secret bancaire, d’un côté, et la fin d’une vision soixante-huitarde de l’humanitaire, de l’autre, ces deux pôles peuvent désormais s’associer pour envisager de manière créative la résolution des grands problèmes mondiaux, bien au-delà de la simple philanthropie. Ce n’est que perpétuer l’esprit de Genève.

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