Le bonheur financier des cantons romands pourrait bien n’avoir duré que quelques printemps. A peine deux ou trois exercices mirifiques et voici qu’ils risquent de replonger dans un rouge dont certains avaient eu tant de peine à sortir.

Pour l’heure, les effets de la crise n’apparaissent que dans les recettes de l’impôt sur les personnes morales. Mais le décalage est classique, on sait que les personnes physiques suivront, l’année prochaine, et que cela fera encore plus mal.

Si l’on compare avec la précédente période de difficultés financières pour les caisses cantonales, une idée paraît définitivement morte: celle d’augmenter les impôts. Même si la crise se profile au moment même où les baisses fiscales longtemps promises se concrétisent enfin, il n’est nulle part question de revenir en arrière. On prête à ces baisses fiscales, qui doivent bénéficier notamment à la classe moyenne, une vertu de relance.

Mais les dépenses aussi font dans l’anti-crise. Avec des programmes de travaux réclamés par une opinion soudain moins regardante avec l’utilité des investissements. En outre, plus d’un canton a saisi la première occasion pour redonner des gages à sa fonction publique en lui desserrant la ceinture. Et demain, les dépenses sociales causées par les laissés-pour-compte d’une économie à la peine vont aller en augmentant.

Face à ces menaces, le calme des responsables cantonaux des finances peut étonner. Attentisme, pragmatisme, insouciance? Peut-être parce que les effets d’une crise de durée incertaine ne sont pas évalués dans toute leur ampleur. Peut-être parce que des matelas conjoncturels existent ici ou là. Vrai aussi que des mécanismes de frein aux dépenses limitent désormais le risque d’une descente aux enfers aussi traumatisante que la précédente.

L’heure n’est pas à l’alarmisme, soit. Elle devrait l’être au moins à la créativité. Les réserves sont de courte durée, l’industrie d’exportation de l’Arc jurassien est durablement secouée, les finances publiques de Genève réagissent comme un yo-yo aux hauts et aux bas de la place financière. De toute évidence, certains cantons n’ont pas mené à terme leur réforme structurelle et le champ des collaborations intercantonales en vue d’une action publique redessinée est à peine exploré. Au lieu d’attendre que le malheur revienne, inventons.

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