Editorial

Faisons

un rêve

Un eldorado pour les créateurs et les assoiffés de sensations. En matière de dépenses culturelles, Genève est championne devant Bâle et Zurich. On peut s’en réjouir: chaque année, des centaines de milliers de spectateurs profitent d’une offre réellement extraordinaire au regard de la taille du territoire. On peut aussi s’en alarmer: il est aberrant qu’une ville de 200 000 habitants porte, presque seule sur ses épaules, tel Atlas, le destin d’institutions à rayonnement régional, le Grand Théâtre par exemple. Mais la nouvelle loi sur la culture votée en 2013 par le Grand Conseil prévoit que le canton devienne un acteur majeur dans le soutien des grandes maisons.

Inhibition calviniste? Si Genève est pour le connaisseur une capitale de la musique classique et électronique, de la danse contemporaine, du théâtre d’avant-garde; si elle peut se vanter de posséder 20 musées sur un territoire qu’un bon jogger parcourt en une heure à peine, elle ne s’est jamais préoccupée de le faire savoir au-delà de ses frontières. Aristocrate jusqu’à l’insouciance, elle privilégiait une culture entre soi, sans se soucier des bénéfices, symboliques, narcissiques et économiques, qu’une telle offre peut apporter. C’était avant le 12 mars, avant que la Ville ne s’allie à Genève Tourisme, une première, dans le but de vendre son image culturelle.

Pour que ce pas ait un sens, il faudra mettre fin à un autre mal genevois: cette tendance à formuler des projets ambitieux et à surseoir, presque ad aeternam, à leur réalisation. Si tout va bien, la Nouvelle Comédie, dont les contours étaient dévoilés en 2009, verra le jour en 2019. C’est du moins la promesse de Sami Kanaan, ministre de la Culture en Ville de Genève. Le Musée d’art et d’histoire enfin agrandi devrait être, lui, inauguré en 2021. Dans la course au rayonnement, le geste architectural réussi est un atout incomparable, l’exemple du Musée Guggenheim à Bilbao le rappelle.

Alors faisons un rêve: en 2021, l’édifice de Jean Nouvel s’élève dans la cour du Musée d’art et d’histoire; sur le site de Genève Tourisme, il éclipse le mur des Réformateurs. Un écrin qui frappe possède ce pouvoir: il donne un axe et un contenu à une politique culturelle.