C’était tendu, la semaine dernière à Berne. Il y eut d’abord le refus du budget, suite aux enfantillages de l’opposition au pouvoir. Puis le non-débat sur la non-immigration de masse. Mais enfin, surtout, le gros dossier: l’éjection des médias de l’antichambre du Conseil des Etats. Une mesure unilatérale des sénateurs contre l’immigration massive de journalistes au Palais. Ni libre circulation, ni contingents: les frontières sont fermées. Dehors, les journalistes.

Ce n’est jamais bon de fâcher les médias. «Les élites se coupent du peuple», dénonça la presse. On a frôlé la crise de couple. A tel point que les sénateurs ont fait machine arrière. Dommage. Pour une fois qu’ils avaient une bonne idée. Leur règlement est en général vieillot et absurde – comme l’interdiction des ordinateurs ou des épaules nues.

100 décibels constants et 10 virus au mètre cube

Mais là, ils avaient raison. En session, au National, nous travaillons sur un strapontin, dans une salle à 100 décibels constants (entre l’autoroute et la tronçonneuse), une ambiance d’abri PC et 10 virus au mètre cube. Pour ceux qui n’arrivent pas à travailler dans cette «salle», il y a les Pas Perdus. Juste derrière. Un couloir, en fait. Avec trois tables et demie, 100 décibels aussi, des courants d’airs, des visiteurs, des lobbyistes, et des journalistes. Cent passages par minute. Un flux migratoire ingérable.

Exemple vécu. Vous préparez votre prochaine intervention à la tribune. Toutes les cinq minutes, un lobbyiste vous demande si vous avez deux minutes. Un journaliste passe et vous interroge sur les OGM. Sans sommation, la caméra tourne. Votre voisin crie au téléphone, un lobbyiste repasse, renverse votre café, demande pardon, le journaliste insiste, vous n’avez pas répondu.

Une salle de travail… pour travailler

Un correspondant zurichois vous interpelle sur le frein à l’endettement, un Romand vous demande où est votre collègue de droite qui vote à gauche, le gars de la télé vous relance pour une invitation lundi soir, et un animateur gominé vous hurle de sortir du cadre de l’interview de votre voisin (qui a fini de crier au téléphone, lui). En vous sommant de vous taire: il est en direct. Vous vous demandez alors ce que vous faites là.

Les sénateurs ont raison, réservons les Pas Perdus aux parlementaires. Comme en commission. Une salle de travail, en somme. Ce n’est ni tendance, ni populaire. Très élitiste et peu populiste. Mais c’est juste pour travailler un peu, en fait. Et qu’on en finisse avec la libre circulation à Berne, une fois pour toutes.


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