Chaque mercredi de l’été, notre chroniqueur a couru, sauté, nagé et pédalé. Il a partagé l’exercice musculaire dans «Le Temps».

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Fermez les yeux et imaginez. Vous êtes affûté et maîtrisez la natation, le vélo et la course à pied. Voilà des heures que vous avez pris le départ de ce triathlon. Plus que quelques kilomètres avant votre heure de gloire. Nullement gêné par votre salopette moulante en néoprène, vous êtes en tête. Sauf incident, plus personne ne devrait pouvoir vous dépasser. Enfin presque plus personne. Avec vous, il y a un autre concurrent. Lui aussi, sans aucun doute, se dit que c’est son jour.

En théorie, il y aurait un vainqueur entre lui et vous. Mais, parfois, la fin de l’histoire est un brin différente. La semaine dernière, deux Britanniques, Jessica Learmonth et Georgia Taylor-Brown, se disputaient la première place du triathlon de Tokyo, avant de décider de finir ensemble. C’était émouvant, c’était un beau moment de partage… et c’était une grossière erreur. Le règlement leur interdit de ne pas disputer l’arrivée. Les juges ont donc décidé de les disqualifier.

Oubliez la fraternité

Finir une course main dans la main, c’est fair-play, ringard ou antisportif? Vous, vous auriez sprinté pour gagner sur le fil? C’est en tout cas ce qu’attend de vous la fédération internationale des gens qui courent en salopette en néoprène: «Les athlètes qui terminent dans une situation d’égalité artificielle, sans faire le moindre effort pour séparer leurs temps à l’arrivée, seront disqualifiés.»

Dans les médias (surtout britanniques), voilà des jours qu’on débat de cette histoire. La BBC s’est par ailleurs demandé pourquoi, en 2016, les frères Brownlee n’avaient pas connu pareille sentence, lorsque Alistair avait aidé Johnny à passer la ligne d’arrivée. Réponse: jusqu’à ce moment fraternel, c’était autorisé. Mais les règles ont changé et «un athlète n’a pas le droit d’aider physiquement un autre à avancer».

Au triathlon, il n’est donc pas permis de finir ensemble ni d’aider un concurrent en difficulté. Même si c’est votre frangin. Je ne sais pas vous, mais moi, ça ne me donne pas envie de faire un triathlon. Encore moins de le gagner. Et de toute façon, il est exclu que je débarque devant une foule de spectateurs massés dans l’aire d’arrivée, tout seul, vêtu d’une salopette moulante en néoprène.

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