Il fut un temps, pas si lointain, où Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, était le dirigeant le plus populaire du monde arabe. C’était en 2006, et sa puissante milice chiite libanaise était entrée en guerre contre Israël, au nom de la «résistance», supposément du côté des Palestiniens. Le conflit fut sans merci, plusieurs centaines de Libanais trouvèrent la mort et le Pays du Cèdre vit, une fois de plus, une bonne partie de ses infrastructures réduites en miettes.

Maintenant, c’est au tour du conflit syrien de menacer d’aspirer le Liban. Au risque de perdre pour de bon sa stature de héros de la cause arabo-musulmane, ce même Hassan Nasrallah s’est lancé dans la bataille aux côtés de l’armée syrienne. Sa cause n’est plus populaire. Mais les impératifs militaires et stratégiques sont déterminants: au-delà des questions d’image guerrière, il s’agit de ne pas compromettre la solidité de l’alliance avec l’Iran, qui passe par Damas.

Sur le terrain syrien, cette entrée en force du Hezbollah peut se révéler essentielle en faveur des troupes de Bachar el-Assad. Mais le calcul du chef du Hezbollah, qui consiste à peser de tout son poids en Syrie en espérant que le conflit ne ravage pas une fois encore le Liban, est pour le moins risqué, pour ne pas dire insensé.

Personne, dans ce pays mille fois meurtri, n’a envie d’une nouvelle guerre. Mais tout l’y mène. De l’autre côté de la frontière, dans les rangs de la rébellion syrienne, ce ne sont pas seulement des bévues qui sont possibles et qui peuvent à tout moment mettre le feu aux poudres. Comme le montrent les roquettes qui sont tombées dimanche dans la banlieue de Beyrouth, il ne sera pas accordé au Hezbollah un sanctuaire au Liban. L’armée israélienne ne l’avait pas toléré en son temps; les ennemis de Bachar el-Assad ne le feront pas davantage. C’est une question de temps.

A cela s’ajoute – au sein même de cet ensemble fragmenté, disparate et en voie rapide de radicalisation que sont les combattants anti-Assad –, la présence de brigades islamistes qui ne rêvent que d’étendre la lutte à la région entière. Longtemps, les Libanais ont souffert dans leur chair des multiples ramifications, chez eux, de la dictature syrienne. Ils risquent de payer désormais comptant le prix de son interminable pourrissement.

Dans quelques semaines, à Genève, le monde devrait se pencher à nouveau sur les foyers de plus en plus nombreux de ce drame. Il y a un an, au même endroit, le temps pressait déjà pour éteindre l’incendie. Entre-temps, les flammes sont devenues celles de l’enfer. Page 4