La vie à 30 ans

Les flocons de neige, ou l’appel du monde à ralentir

Coincée en Scandinavie, notre chroniqueuse a vécu les intempéries du week-end dernier avec un immense bonheur

Dehors, il y avait cette neige qui n’arrêtait pas de tomber. J’étais moi-même coincée quelque part dans le nord de l’Europe, avec des milliers d’autres qui, comme moi, ne pouvaient prendre leur avion. Je lisais sur mon smartphone les pistes d’aéroport fermées un peu partout, les routes bloquées, ou les histoires de ces gens coincés dans un train en Valais ou sur une route du Chablais.

J’ai éteint mon portable et regardé autour de moi. Il allait falloir passer la nuit par ici, renoncer à l’idée de rentrer le jour prévu, décommander des rendez-vous, se serrer un peu, aller acheter des bières avant que le bar ne ferme. Lâcher prise avec notre époque si pressée.

Une si douce intempérie

S’il fallait faire un classement des intempéries les plus douces, je pense que la neige serait très largement en tête. Elle n’a pas le côté violent des pluies diluviennes, des incendies ou des ouragans destructeurs, des orages, des éclairs, de la grêle. Bien sûr, il peut y avoir des drames, des avalanches ensuite, mais il y a une sorte d’apaisement dans le blanc, une parenthèse en sourdine, une pureté, une épure dans le ralentissement. Un peu comme si le vol lent des flocons freinait tout, nos angoisses et malheurs avec, et recouvrait de clarté les bleus à l’âme.

Redevenir des enfants

C’était comme une espèce d’appel du monde à ralentir. Aujourd’hui, restez chez vous, vous en faites bien assez le reste du temps. Les seuls qui braveraient cette injonction et monteraient dans leur voiture se retrouveraient punis. C’était l’appel de la Terre à redevenir des enfants, à s’émerveiller un instant, à simplement regarder les flocons tomber parce que de toute manière, vous ne pouviez pas avancer. A découvrir que tout ce que l’on pensait absolument ne pas pouvoir rater, en fait, n’était pas si important et qu’il fallait relativiser.

Elle a sorti sa guitare…

Pour réussir son duplex depuis Bex, le journaliste de la RTS a demandé un coup de main à un passant inconnu, des amis coincés en Valais se sont fait offrir le gîte et le couvert chez des indigènes, une fille coincée dans le train a sorti sa guitare. Comme si l’or blanc révélait la richesse du cœur des gens. Il faut parfois prendre ce que nous offre la nature, se mettre dans le sens de la pente: depuis mon aéroport du nord, j’ai vu celui qui a pris ses skis pour descendre le raide Petit-Chêne, à Lausanne, j’ai rêvé de faire comme lui.


Chronique précédente

Johnny, idole des jeunes: c’est encore vrai

Publicité