Saddam Hussein règne sur l'Irak depuis 22 ans. Il contrôle tout. En septembre 1980, il attaque l'Iran, espérant prendre par surprise les mollahs qui viennent de remplacer le chah. L'URSS, l'Europe arment Bagdad, par crainte d'une expansion de la révolution chiite. Malgré ce soutien occidental, malgré l'embargo sur les armes imposé à l'Iran par les Etats-Unis, l'Irak doit faire face à une contre-offensive iranienne. Les armées de Saddam Hussein utiliseront des armes chimiques contre les soldats iraniens, – elles le feront aussi contre les Kurdes – sans alarme internationale. La guerre se termine en 1988.

Au sud de l'Irak, le Koweït est très convoité. Ibn Séoud, le conquérant, voulait déjà l'annexer à son royaume d'Arabie. L'Irak considère que ce petit pays – plein de pétrole – lui revient de droit, comme un débouché naturel sur le Golfe. Au nom de l'unité arabe, Saddam Hussein va exiger sans succès du Koweït qu'il modifie ses frontières. Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le pays. A ce moment-là, l'Irak est – malgré la guerre contre l'Iran – le pays arabe le plus puissant de ce côté-ci du canal de Suez. Son armée est moderne, il est le 5e producteur mondial de pétrole, il possède une industrie et une agriculture développées.

L'ONU réagit immédiatement. Les avoirs irakiens sont gelés. L'embargo économique est imposé. Dès le 7 août 1990, George Bush père masse ses troupes en Arabie saoudite. Il rassemble une coalition internationale que rejoint la Ligue arabe avec une force commune syrienne, égyptienne et marocaine. Début janvier 1991, les troupes multinationales dans le Golfe, placées sous l'égide de l'ONU, comptent 650 000 hommes. Le 17 janvier, l'opération Tempête du désert commence: bombardements massifs, opération terrestre dès le 24 février. Le 28, Saddam cesse le combat. L'ONU fixe un cessez-le-feu définitif, l'embargo total est prolongé, l'Irak est sommé d'éliminer toute arme chimique et nucléaire, une commission, l'Unscom, surveillera ce désarmement.

Les alliés s'arrêtent aux frontières nord du Koweït. Ils ne veulent pas le démembrement de l'Irak. Au sud, ils laissent Saddam Hussein réprimer violemment une révolte de la minorité chiite. La France et la Grande-Bretagne interdisent aux avions de Bagdad de survoler la région. Au nord, les Kurdes tentent de profiter de la défaite de Bagdad, qui réplique. Les alliés créent pour eux une zone de protection, fâchant la Turquie, obsédée par son projet d'affaiblissement de tous les Kurdes. En 1996, le nord du pays est aussi fermé aux avions irakiens. Le pays compte désormais deux zones d'exclusion aérienne.

La guerre finie, l'ONU a pour mission de surveiller l'Irak. Dans les faits, c'est Washington et Londres qui mènent le jeu contre Bagdad. Début 1993, nouveaux bombardements alliés, suite à des incursions de l'Irak au Koweït. L'embargo continue. En 1995, l'ONU vote une résolution appelée «pétrole contre nourriture». Elle autorise des exportations limitées de brut pour acheter nourriture et médicaments. En 1997, l'Irak expulse une première fois les inspecteurs de l'Unscom. Fureur et menaces américaines. Les Russes s'entremettent et Bagdad se résigne aux inspections. L'année suivante, l'Irak cesse de collaborer avec l'Unscom, estimant que son contrat est rempli, que ses armes sont détruites, que l'embargo doit prendre fin. En décembre, Bill Clinton – en pleine affaire Lewinsky au Congrès – lance Renard du désert: nouvelle opération de bombardements sur quatre jours.

L'argumentation anti-embargo du régime de Bagdad, l'appauvrissement du peuple, l'échec du soutien américain à l'opposition censée renverser Saddam Hussein et les témoignages de plus en plus sceptiques d'experts en désarmement ont défait la coalition de 1991. En 1999, les Etats-Unis font encore adopter au Conseil de sécurité une résolution qui prévoit un nouveau système d'inspection des armes irakiennes. Mais la Chine, la France et la Russie s'abstiennent. Les critiques montent dans le monde arabe contre l'embargo qui est de moins en moins respecté. Les Américains s'obstinent. En bombardant les alentours de Bagdad le 16 février dernier, «mission de routine», George Bush Jr. a pu mesurer l'état de son alliance. Seuls le Canada et la Grande-Bretagne l'ont soutenu sans réserve.

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