La première grève en Suisse éclate en 1813 dans une filature argovienne. Au milieu du siècle, plusieurs grèves, notamment dans les métiers du bâtiment, favorisent le développement d'organisations professionnelles. En1880, l'Union syndicale suisse est créée. Une caisse de réserve est constituée, qui permet de soutenir 89 grèves entre 1887 et 1891. Le comité syndical en appelle à un règlement, pour que la caisse ne soit

pas «sacrifiée à quelques grévistes écervelés». Il y a cent ans, en octobre 1902, a lieu la première grève générale de Suisse, à Genève, où 15 000 travailleurs se solidarisent avec un mouvement des tramelots. L'intervention de 2500 soldats se solde par de nombreux blessés à l'arme blanche.

Dès 1915, les mouvements ouvriers se multiplient face à la misère et au chômage provoqués par la guerre. En novembre 1918, 8000 soldats occupent Zurich pour prévenir des manifestations marquant le premier anniversaire de la Révolution d'octobre. Le 9, une grève générale est suivie par 400 000 travailleurs dans tout le pays et, le lendemain, des affrontements sanglants ont lieu à Zurich. Les revendications portent notamment sur l'élection du parlement à la proportionnelle, le droit de vote des femmes, la semaine de 48 heures et une assurance vieillesse. Mais la riposte est dure et le comité de grève, encerclé par l'armée, ordonne la fin du mouvement le 14 novembre.

En 1919-1920, des conflits à répétition ont lieu dans le bois et le bâtiment pour la réduction du temps de travail. En 1920, une grève éclate dans la maçonnerie parce que les patrons refusent d'honorer une convention, signée l'année précédente, comportant l'introduction progressive de la semaine de 48 heures. La Société suisse des entrepreneurs riposte par un lock-out de onze semaines. Cet échec conduit à un regroupement syndical et la création, en 1922, de la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB).

Les contrats collectifs par branche se multiplient. La plus marquante est la convention nationale dite de Paix du travail, signée le 19 juillet 1937 dans la métallurgie. Les parties s'engagent à résoudre leurs conflits sur la base de la convention, «en foi de quoi, toute mesure de combat, telle que la mise à l'interdit, la grève ou le lock-out, est réputée exclue». A la fin de la guerre, l'action ouvrière est pourtant relancée contre le renchérissement et pour la réduction de la durée du travail. On compte 184 000 jours de grève en 1946. De nombreuses grèves locales dans le bâtiment aboutissent presque à une grève nationale à l'occasion du renouvellement de la convention collective de la construction en mai 1947.

Après Mai 68, une nouvelle gauche politique et syndicale dénonce la politique de défense de la paix du travail par les directions syndicales. Des grèves «sauvages» marquent les années 1970: Murer à Genève et Savoy à Stabio en 1970; métallurgie genevoise en 1971 (le syndicat FOMH qualifie le recours à la grève de «méthodes importées»); pianos Burger et Jacobi à Bienne en 1974; Matisa (Renens), Dubied (Couvet), Bulova (Neuchâtel) en 1976. Les grèves restent cependant relativement peu nombreuses en Suisse. L'an dernier, trois grèves ont concerné 20 000 travailleurs dans 702 entreprises (dans la santé publique notamment).

Cette semaine, le personnel des centres de tri postaux de Lausanne et de Genève vote le recours à la grève si le projet de fermeture des centres de tri n'est pas retiré par la direction de La Poste. Et le Syndicat industrie et bâtiment (SIB) appelle à la grève générale dans la branche pour lundi, après plusieurs grèves locales, pour obtenir le respect des engagements patronaux sur la retraite anticipée à 60 ans. Le SIB compte sur la participation de 10 000 grévistes.

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