En 1996, un comité mené par Arnold Schlaepfer, avocat de Nessim Gaon, président du conseil d'administration de la compagnie Noga et ancien membre du parti Vigilance, lance une initiative intitulée «Pour le financement d'infrastructures lourdes et durables». Objectif: utiliser les réserves latentes de la Banque nationale suisse pour financer les NLFA ainsi que d'autres infrastructures de transports publics «sans dettes et sans impôts supplémentaires». Les initiants jettent l'éponge en septembre 1997, faute d'avoir recueilli suffisamment de signatures.

Il faut dire que, entre-temps, l'affaire des fonds juifs a éclaté. En mars 1997, Arnold Koller annonce devant le parlement que le Conseil fédéral a l'intention de créer une fondation de solidarité en faveur des victimes de la violence et de la pauvreté avec les réserves de la BNS. L'idée de contribuer à la réparation des erreurs commises à l'époque de l'Holocauste est explicite. Le gouvernement entend y consacrer les intérêts de 500 des 1300 tonnes d'or à disposition, soit 7 milliards sur 17 milliards. Les 10 autres milliards continueraient d'être gérés par la banque centrale, même si, très vite, les cantons réclament une part de la manne. Par la suite, la création du Fonds spécial et les 1,25 milliard de dollars promis par les banques suisses aux organisations juives selon l'accord global d'août 1998 relèguent à l'arrière-plan le soutien aux victimes du nazisme.

En 1999, le projet du Conseil fédéral reçoit deux coups durs. Le 24 avril, l'UDC qui, depuis un an, a fait de l'utilisation de cet or l'un de ses chevaux de bataille décide de lancer une initiative réservant l'or de la BNS au fonds de l'AVS. L'initiative sera déposée le 30 octobre 2000. Et le 18 juin 1999, le nouvel article constitutionnel sur la monnaie, qui devait servir de base à la création de la fondation en confiant à la législation le règlement de l'utilisation des réserves, est rejeté par le National en votation finale. Pour l'occasion, socialistes et UDC ont fait front commun, les uns pour des motifs liés à la politique monétaire, les autres dans le but avoué de torpiller le projet de la Confédération. En mars 2000, le PDC monte à son tour au créneau. Jugeant la fondation moribonde, le parti propose d'attribuer un tiers des réserves d'or au CICR, le reste à la jeunesse et aux personnes âgées. Face aux nombreuses critiques, le parti affirme très rapidement n'avoir eu comme intention que de donner un nouvel élan à la fondation.

Alors que la vente de l'or a débuté en mai 2000, la Confédération revient à la charge en juin. Conservant l'idée de la fondation, le Conseil fédéral met deux projets en consultation concernant l'utilisation des 800 tonnes d'or qui ne sont pas prévues pour la fondation. La première version affecte tout l'or restant à la réduction de la dette selon les proportions prévues pour la distribution des bénéfices de la banque centrale – un tiers à la Confédération, deux tiers aux cantons; l'autre propose d'allouer les intérêts de ces 800 tonnes à la formation pendant quatre ans, puis pendant douze ans au financement de prestations transitoires de l'AVS, destinées à atténuer les conséquences de la onzième révision.

En septembre 2000, c'est au tour de la Commission de l'économie et des redevances du Conseil des Etats de s'atteler au sujet. Elle propose de laisser l'entier du fonds provenant de la vente de l'or intact. Pendant trente ans, les revenus de sa gestion, qui se montent à quelque 750 millions par an, seraient répartis en trois tiers entre la Fondation Suisse solidaire, le fonds de compensation de l'AVS et les cantons. Entre-temps le projet de fondation a évolué: plutôt que de réparer les fautes du passé, elle a désormais pour mandat de soutenir les projets tournés vers l'avenir. En mars 2002, les Chambres rejettent l'initiative sur l'or de l'UDC. En guise de contre-projet, elles adoptent la proposition de la commission. Les deux objets seront soumis au scrutin populaire le 22 septembre.

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