En juin 1997, les sociétaires-assurés votent pour le changement de statut de la coopérative Rentenanstalt en société anonyme. UBS prend 25% du capital qu'elle vendra deux ans plus tard. Peu après, Swiss Life rachète la Banque du Gothard pour 2,4 milliards de francs. Son titre en Bourse atteint un pic en septembre 2000 à 1519 francs. Le directeur financier, Dominique Morax, mène une stratégie de diversification des actifs, avec un portefeuille qui compte jusqu'à 25% d'actions, qui se révélera payante jusqu'à mi-2000.

La Bourse ne donne pas ce qu'elle a promis. En 2001, le titre Swiss Life a perdu 47%. En février 2002, Manfred Zobl, celui qui avait mené à la démutualisation et à l'entrée en Bourse, se retire pour des «divergences stratégiques» jamais rendues publiques. Roland Chlapowski qui a commencé dans le groupe à La Suisse devient PDG et le président Andres Leuenberger rassure: rien ne justifie une augmentation de capital même s'il faut faire des économies. La publication des résultats en avril montre un bénéfice en chute libre de près de 90% à 124 millions. Une purge sévère est annoncée, la direction prévoit de se séparer de 800 collaborateurs. En un an, 35% des fonds propres ont fondu. La recherche de liquidités devient urgente. Les participations dans RMF et la SGS sont vendues et on cherche des acquéreurs pour la Banque du Gothard et La Suisse.

Redsafe, le portail financier du groupe qui lui aura coûté 75 millions de francs rien qu'en développement, meurt en juillet au bout de six mois d'activités. Les difficultés s'accumulent. On accuse le groupe d'avoir forcé la main de la conseillère fédérale Ruth Metzler pour qu'elle propose d'abaisser le taux minimal de 4% prévu par la LPP à ses collègues du Conseil fédéral. Tollé contre la compagnie qui a toujours eu la réputation d'avoir une proximité coupable avec le pouvoir politique. Elle finira par avoir gain de cause et le taux sera abaissé à 3,25%.

En septembre, après des révélations de presse, Andres Leuenberger concède qu'une augmentation de capital sera nécessaire pour environ un milliard de francs. Le 18 septembre une première erreur comptable est révélée. Elle transforme en perte de 1 million le bénéfice semestriel annoncé pour 2001. Le même jour, la direction annonce la suppression de 700 nouveaux emplois. Dominique Morax quitte Swiss Life dans la foulée. Un mois plus tard, une seconde erreur qui porte sur 192 millions fait encaisser au groupe une perte de 578 millions sur les six premiers mois de l'année 2002.

Le 27 octobre, la SonntagsZeitung révèle que des membres de la direction ont spéculé à titre personnel au travers d'une société créée au départ par l'assureur Long Term Strategy (LTS). Le vendredi suivant, la direction donne les noms des managers et le montant qu'ils ont touché à travers LTS: 11,5 millions de francs. Parmi eux, Roland Chlapowski. Durant le week-end, Pascal Couchepin stigmatise dans la presse les managers qui s'enrichissent quand leur société connaît des difficultés. Le procureur de Zurich annonce l'ouverture d'une enquête approfondie à la suite de l'Office fédéral des assurances privées qui mandate un expert externe pour mener une enquête rapide. Dans la soirée de mardi, le conseil d'administration décide de démettre son CEO et nomme à sa place Rolf Dörig, issu des rangs de Credit Suisse. Le Parti radical somme son président Gerold Bührer, par ailleurs membre du conseil d'administration de Swiss Life, de choisir entre ses deux fonctions. Il se démet de la présidence du parti le lendemain. Jeudi soir, c'est au tour d'Andres Leuenberger d'annoncer qu'il quittera son poste de président lors de la prochaine assemblée générale en 2003.

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