«Suis-je masochiste pour me lancer dans une telle aventure?» Il ne fallait pas manquer d'une assurance certaine à Olivier Steimer, nouveau président du Conseil d'administration de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) pour lancer ses états d'âme à la figure des actionnaires réunis en assemblée générale. Encore médusés par le «trou» de la banque révélé la veille, les petits porteurs ont découvert mercredi le nouvel ordonnateur des miasmes vaudois. Masochiste? Personne n'y croit vraiment. Olivier Steimer, 47 ans, doit redresser la barre de la BCV. La Grande Maison de la place Saint-François en est à sa seconde recapitalisation en quelques semaines, son cours se traîne en Bourse en dessous de sa valeur nominale et elle se voit desservie par son lien avec l'économie locale en pleine décélération. Olivier Steimer doit répondre à une seule question: peut-il ramener la confiance?

Le parcours du banquier a de quoi rassurer: vingt ans de Credit Suisse, un vrai accent vaudois qui masque une double nationalité suisse et américaine, et une expérience construite aussi bien dans une agence bancaire dans une ville moyenne – Nyon – que dans le monde des affaires zurichois ou sur la côte Ouest américaine. «C'est un manager brillant, à l'aise en toutes circonstances. Il va vite et sécrète l'enthousiasme autour de lui.» Pour cet interlocuteur qui apprend à le découvrir au sein de la banque, Olivier Steimer est l'homme de la situation même si, concrètement, il n'a pas encore véritablement pris ses marques dans l'établissement.

Au Credit Suisse, où il occupait voilà quelques semaines encore le poste de responsable international du private banking, personne ne met en doute l'envergure professionnelle du personnage. «Quand je l'ai rencontré la première fois dans un séminaire de la banque, je me suis dit: il sera tôt ou tard mon patron», confie un ancien collègue. Ce juriste de formation qui a décroché le grade de major dans un bataillon de chars est réputé pour avancer avec méthode. Ses facilités naturelles – de la prestance, une ascendance naturelle sur les gens et surtout une grande compétence bancaire – ne risquent-elles pas de le faire glisser vers une forme d'arrogance, s'inquiète un actionnaire de la BCV? «Arrogant, non pas du tout, raconte l'un de ceux qui travaillent désormais avec lui. Mais impatient certainement. Il déteste ceux qui font de l'antijeu.»

«C'est un peu le général y'aka, analyse une relation d'affaires qui le porte toutefois en très haute estime. Sa limite tient peut-être dans sa relation avec les cadres moyens qu'il chapeaute. Il fixe des objectifs très élevés sans donner de feuille de route sur la manière d'y arriver. La méthode pourrait déboussoler, surtout dans une institution comme la BCV qui vit encore dans le rêve que la banque est une sorte de grande famille.» Olivier Steimer serait-il plus prompt à lancer les grandes manœuvres qu'à faire dans la frappe chirurgicale? Un ancien de son équipe à Genève confirme: «Il aura plus de facilité à restructurer un service entier qu'à se débarrasser d'un chef de département qui aurait pourtant fait la preuve de son incompétence.»

Collègue discret, le nouveau président de la BCV a un style qui tranche avec son prédécesseur Gilbert Duchoud, à qui on le comparera forcément, la parenthèse de la présidence Hirsch n'ayant jamais été plus qu'une parenthèse. «Discret, on ne le voyait jamais dans les fêtes du Credit Suisse», se souvient un ancien collègue qui connaît par ailleurs bien Gilbert Duchoud. Au Valaisan qui faisait des plaisanteries de corps de garde en portant un toast lors de dîners d'affaires va succéder un membre typique du Rotary. «Il y a de la retenue chez lui. Sans aller jusqu'à jouer des médias comme faisait Duchoud, il devra davantage s'engager dans ses relations avec la presse pour incarner le message de la banque.» Aura-t-il des relations aussi orageuses avec le monde politique que Gilbert Duchoud? «C'est un monde qu'il connaît mal, poursuit le même interlocuteur. Il a été conseiller municipal d'Epalinges où il réside, mais cela compte peu.»

Un proche le considère peu diplomate et pas assez politique, «cela va avec l'impatience». Son départ du Credit Suisse en juillet dernier coïncide avec le retour à la direction générale de Oswald Grübel et la disgrâce de Thomas Wellauer, dont Olivier Steimer se sentait proche. A cause de cet antagonisme de personnes, ce dernier n'aura goûté que trois mois au saint des saints du Credit Suisse, à savoir un siège au directoire. Quelles seront ses relations avec un actionnaire aussi remuant que l'Etat alors que la crédibilité du gouvernement vaudois sera jugée au redressement de la banque? «C'est un homme libre qui ne conçoit pas l'allégeance. Il ne s'inscrit dans aucun parti ou idée car il n'a pas besoin de ça: il a le sens du devoir et se motive lui-même.»

Et que penser du couple qu'il forme avec Alexandre Zeller, 41 ans, son complice de longue date au Credit Suisse, qu'il a fait venir comme PDG de la BCV? Là, tous nos interlocuteurs divergent et pas un ne semble avoir une véritable compréhension du binôme. «La présence d'Alexandre est plus subtile alors que celle d'Olivier s'avère plus manifeste, poursuit cet observateur. Le premier est un homme de contexte et de stratégie alors que le second s'inscrit dans l'action. A la limite, on peut se demander s'ils n'auraient pas dû échanger leur poste de président et de directeur général à la BCV.» «Pas du tout, rétorque un collaborateur en lien direct avec les deux hommes à leurs précédents postes. Je ne crois pas au côté clone que certains veulent leur prêter et, si le duo fonctionne, c'est bien dans la complémentarité.» Le mystère reste entier.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.