Revue de presse

Foie gras: des images chocs alertent sur certaines méthodes de production

A la veille des bombances, l’association française L214 Ethique & Animaux dénonce, à travers deux vidéos clandestines, la violence de certaines pratiques d’élevage de canards. La tactique est connue: il s’agit de choquer pour mieux alerter

«Choquer pour mieux alerter», décrypte Le Figaro. Bon. On ne voudrait pas gâcher vos tables de Fêtes, mais on est bien obligé de constater qu’à leur approche, le foie gras qui les garnira peut-être avant la dinde vient une nouvelle fois d’aborder aux rivages de la polémique. Sensibilisation. Puis oubli, avant une piqûre de rappel, sans doute, en décembre 2016.

Un blog du Monde (LM), avec ce titre repoussoir – «Des canetons broyés et mutilés pour produire du foie gras» – sort donc un long article sur des images clandestines, «tournées non […] dans des salles de gavage mais dans un couvoir de canetons et […] un élevage de canes reproductrices, dans lesquels les animaux sont […] maltraités». Ce, après que Le Point se fut glissé en primeur «dans l’horreur d’un couvoir à canards», mais c’est tout de même LM qui livre la meilleure synthèse du sujet.

«Ames sensibles s’abstenir»

Ces images, on vous en passe les détails et l’on vous laissera les découvrir si vous en avez le courage – mais attention: leur contenu est violent et peut choquer – sont en effet atroces. Elles ont été filmées en Pays de Loire et dans le Sud-Ouest. «Ames sensibles s’abstenir», prévient Metronews: elles jettent un terrible opprobre «sur une filière qui a beaucoup à cacher», selon l’association L214 Ethique & Animaux. Celle-ci les a produites dans le cadre de sa lutte pour l’interdiction de la production de foie gras et a également mis en ligne une pétition visant à remplir cet objectif.

Le quotidien 24 heures, qui reprend ces informations dans le détail, juge que la France affronte ainsi «un nouveau scandale de maltraitance animalière». Car «la filière du foie gras, un produit inscrit au patrimoine gastronomique français, semble encore bien protégée. Bien qu’une directive européenne interdise depuis 1998 l’alimentation forcée d’animaux, les pays producteurs […] ont bénéficié d’une dérogation, le temps de trouver des alternatives.»

«Supplice de Noël»

De quoi s’agit-il précisément? Le Matin décrit «des canetons encore vivants à la sortie de la broyeuse», «des becs tranchés à leur extrémité» et «des canes inséminées de force». Bon appétit. Mais le quotidien lausannois a aussi eu la bonne idée de communiquer la réaction, en Suisse, de l’association PEA, Pour l’Egalité animale»: «Si la production de foie gras a été chez nous abolie dès 1978, l’association appelle à l’interdiction de l’importation de ce «concentré de souffrance issu d’une violence inouïe envers des êtres sans défense», dit-elle.

Alors, à la veille des Fêtes, se demande Libération dans un éditorial titré «Foie gras: supplice de Noël», ces documents parviendront-ils «à éveiller les consciences sur la barbarie qui fait le socle de la gastronomie française ?» Le quotidien élève le débat en rappelant que «le spécisme est la théorie faisant de l’homme l’espèce supérieure de cette planète et lui octroyant le droit d’user à sa guise des autres sans regard pour leurs besoins, leur intelligence et leur sensibilité. A l’inverse, l’antispécisme refuse que le seul hasard de la naissance d’un être vivant, en l’occurrence un animal, serve de justification à son asservissement et son exploitation.»

On est là au cœur de l’attitude que l’on peut adopter face à la réalité. Mais cela n’empêchera pas, écrit Libé, avec un lyrisme outrancier, «que résonnera une fois encore sur la table du réveillon le hurlement étouffé des 60 milliards d’animaux terrestres qui, chaque ­année, sont arrachés à leurs mères, torturés, électrocutés, gazés, égorgés, dépecés, au nom de fugaces plaisirs et de la défense d’intérêts économiques». Là contre, la campagne est très bien organisée, et les people apportent leur contribution:

Ouest-France signale aussi que samedi 19 déjà (les images n’ont été diffusées que lundi 21), «une quinzaine de militants de L214 ont mené une action» à Vannes, en Bretagne. Immobiles, ceux-ci «portaient des panneaux explicatifs, à côté d’une table où une invitée se tenait, près d’une assiette, gavée, enchaînée». Et «non loin, un militant faisait déguster du pâté végétal». Cela «paie». Il semblerait que «selon un récent sondage, un consommateur sur trois refuse d’acheter du foie gras pour des raisons éthiques».

Vraiment? Les infos sont contradictoires. Selon RTL, «une grande partie des Français ne s’offusqueront pas de la présence de foie gras dans leur assiette de Noël». Et «selon une enquête CSA réalisée en octobre 2014 pour le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG), 80% des Français interrogés ne conçoivent pas Noël sans foie gras» et quasi autant d’entre eux ont «confiance dans le mode de production du produit».

Ce chiffre pourrait-il subir une baisse après le tollé provoqué par les deux vidéos de L214, quel va être l’impact sur les consommateurs? «Difficile à quantifier» selon Midi libre. Contacté par Europe 1, le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a fait un point sur l’avancée des recherches de solutions alternatives: «Il y a, par exemple, la technique du repérage du sexe dès l’œuf, ce qui permettra de détruire l’embryon avant la naissance, une technique qui pourrait être au point d’ici un ou deux ans.» Et ferait éviter ainsi le tri entre mâles et femelles, puisque seuls les premiers sont utilisés pour la production de foie gras.

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