Pas très bon signe pour George Bush: des républicains conservateurs commencent à avoir peur de leur président. Ils ne le trahiront pas dans les urnes en novembre, bien sûr. Mais le rouge dans les caisses de l'Etat prend sous leur dent le goût du sang. Une poignée de parlementaires du parti au pouvoir, réunis en conclave pendant le week-end, l'ont dit aux représentants de la Maison-Blanche: les déficits qui s'accumulent depuis le début de la présidence et vont durer jusqu'en 2009 sont trop dangereux. Il faut sabrer dans les dépenses fédérales. C'est ce que George Bush a fait un peu, pour leur plaire, dans le projet de budget dévoilé lundi. Mais sa marge de manœuvre est limitée, à moins de réduire drastiquement les dépenses de sécurité, ce qu'il ne fera pas.

Les conservateurs ne grognent cependant pas tous. Robert Bartley, par exemple, serait aujourd'hui très fier de son président. Le mentor éditorial du Wall Street Journal, qui vient de mourir, était l'avocat le plus entêté de la voie dans laquelle s'est engagé le Texan depuis qu'il est à Washington. Il faut non seulement réduire les impôts, disait Bartley, mais il faut mettre d'urgence le ménage fédéral dans le rouge. En 2001, il trouvait déjà que ça ne venait pas assez vite. La petite récession lui a donné un coup de main.

On connaît ce raisonnement: les richesses retirées à l'Etat créent de la croissance et de l'emploi dans les mains des entrepreneurs, et c'est bon pour l'Etat lui-même. Cette logique, aujourd'hui, est devant un mur. Les coffres vides de l'Etat maigre ne se remplissent que d'attentes, de promesses, et des sacrifices de ceux qui ont besoin de services fédéraux. Et il n'y a plus beaucoup de branches à couper, sauf dans la sécurité, justement.

Devant les déficits jumeaux de l'Amérique (comptes et échanges), le monde a pris peur avant quelques républicains soucieux. L'argent afflue encore aux Etats-Unis parce que sa machine inspire confiance. Mais jusqu'à quand? Un ancien ministre du Commerce de Richard Nixon dit dans un livre inquiet que l'explosion approche: on ne peut pas vouloir longtemps le beurre, les canons et des cadeaux fiscaux. Ce jeu au bord du gouffre est en tout cas irresponsable.

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