C'est un climat pourri qui s'installe entre les fonctionnaires romands et leur employeur, l'Etat. A Genève et dans le canton de Vaud, il ne s'agit plus de discuter uniquement de la masse salariale et des plans d'austérité prévus mais de savoir si les grévistes parviendront à transformer un régime minceur en un grand débat sur le rôle de l'Etat. Que les syndicats négocient ferme leurs salaires et se battent contre des réductions de postes, c'est leur rôle. Mais à l'évidence, le front syndical, emmené par des organisations sectorielles ou par des syndicalistes pétris par une idéologie de combat, quasi révolutionnaire, a compris tout l'intérêt à transformer une négociation dure en un affrontement radical, où l'on confond statut des fonctionnaires avec prestations.

A Genève, le mouvement prépare un climat hostile à toute remise en cause des structures, comme le futur statut des transports publics ou la réforme des allocations versées aux chômeurs. Non seulement les syndicalistes les plus virulents ont compris l'intérêt de cette instrumentalisation politique mais ils poussent leur centrale à ne plus céder sur un seul dossier. Cette radicalisation fait de tout acquis un sujet non négociable. Comme si Genève et Vaud pouvaient échapper aux lois de l'apesanteur.

Car au fond, tout se passe comme si l'urgence des déficits publics, les trous béants dans les caisses de prévoyance publiques pouvaient être niés; comme si la fonction publique pouvait faire fi d'un débat sur les moyens dont l'Etat dispose pour accomplir ses missions; comme s'il était insultant et déplacé d'oser comparer le nombre de fonctionnaires, de remettre en cause des automatismes salariaux qui pénalisent les jeunes talents ou découragent toute velléité entrepreneuriale des fonctionnaires.

Si, d'un point de vue syndical, la stratégie du blocage peut se comprendre, elle n'en demeure pas moins dangereuse. A l'intransigeance des uns pourrait répondre le désaveu politique d'une société civile qui n'en peut plus de supporter seule l'austérité. Le simple gel des acquis ou pire des hausses d'impôts ne peuvent pas être l'unique réponse aux crises budgétaires des collectivités publiques. Nul ne demande réellement un démantèlement de l'Etat mais la prise en compte de réalités nouvelles. Le débat sur les tâches de l'Etat, leur redéfinition et les moyens qui y sont affectés n'appartient pas aux employés, ni même à l'employeur-Etat. Mais au souverain. Sa patience a des limites.

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