Le Temps: Quelle est la politique d'Israël en matière d'asile?

Anat Ben-Dor: Israël a signé la Convention sur les réfugiés en 1991 mais ne l'applique pas. Ce pays est champion pour ratifier toutes sortes de textes sans jamais les mettre en œuvre. Israël a été fondé par des réfugiés mais n'a aucune politique en matière d'asile. Le droit de l'immigration tient en trois pages. Il y a eu des arrivées du Vietnam, de Bosnie, de Sierra Leone ou encore du Congo, mais peu de gens obtiennent un statut. Aujourd'hui, le gouvernement évoque un «tsunami de réfugiés» car 3000 personnes sont venues d'Egypte au moment de l'ouverture avec Gaza. Le prétexte sécuritaire est toujours invoqué pour les refouler. En réalité, l'enjeu est démographique; les réfugiés chrétiens sont toujours mieux acceptés que les musulmans et les Juifs n'ont qu'à tendre la main à l'aéroport Ben Gourion pour recevoir un passeport israélien.

- Ces réfugiés constituent-ils une main-d'œuvre pour Israël?

- Oui, nous employons des Roumains, des Turcs ou des Philippins dans l'hôtellerie et la construction. Avant la deuxième Intifada, les Palestiniens occupaient ces emplois. C'était tout bénéfice pour Israël car ils venaient travailler le matin et repartaient le soir.

- Un mariage mixte peut-il permettre l'établissement en Israël?

- L'Etat peut être très généreux avec un(e) fiancé(e) qui vient d'un pays neutre, même arabe, comme la Tunisie. En revanche, une union interreligieuse est impensable et un mariage entre un Israélien - même arabe - et un Palestinien est impossible. Cela, encore, est justifié par la nécessité sécuritaire. Je veux bien admettre qu'Israël ait des problèmes de sécurité, mais le prix à payer en termes de discriminations et de droits humains est trop lourd.

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