Revue de presse

La fonte des glaciers suisses s’accélère et affole le monde

La perte est massive: 2,5% de glace. Et répétitive, au point que les experts prédisent une disparition totale à la fin du XXIe siècle. En cause: le réchauffement climatique, évidemment

Les glaciers helvétiques ont enregistré des pertes massives de volume au cours de cet été 2018, marqué par des températures souvent caniculaires. Ils ont reculé en moyenne de 2,5%, a annoncé ce mardi l’Académie suisse des sciences naturelles. Pire: sans les grandes quantités de neige tombées l’hiver dernier, la fonte aurait été encore plus importante. Au total, ces dix dernières années, on enregistre une perte de 20% de la glace, due au réchauffement climatique en cours. Pour se faire une idée de ce que cela représente, cela permettrait, en théorie, de recouvrir tout le pays d’une couche de 25 cm d’eau.


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«Les experts ont effectué des mesures sur 20 glaciers, situés dans toutes les régions du pays. Et le bilan est sans appel: l’équilibre entre la croissance due à la neige et les pertes dues à la fonte est fortement négatif.» Cette année était extrême, explique Matthias Huss, glaciologue à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et membre de la commission de l’Académie suisse des sciences naturelles, dans le 12h30 radiophonique de la RTS:

Conséquence réaliste, maintenant, après que le même phénomène s’est déjà produit à plusieurs reprises ces dernières années, «à la fin de ce siècle, on pense qu’on n’aura presque plus de glace en Suisse, sauf dans les très, très hautes altitudes», type Aletsch, précise l’expert. «Ainsi, si la fonte des glaciers n’est pas endiguée, les phénomènes de sécheresse de cet été s’étendront de la plaine à la montagne.»

Un seul exemple, fourni par 20 minutessur la base d’une dépêche de l’Agence France-Presse plus complète que celle de l’ATS, avec un retentissement du sujet dans la presse du monde entierest plus que parlant: au sommet du Weissfluhjoch (2540 m), situé dans le massif du Plessur, dans les Grisons, là où se trouve l’Institut suisse pour l’étude de la neige et des avalanches, «il n’y a pas eu une seule chute de neige supérieure à 1 cm entre le 17 mai et le 4 septembre. Cela ne s’était jamais produit depuis le début des relevés, il y a 81 ans.»

Dans le détail, ces chiffres correspondent à «une perte d’épaisseur moyenne de près de 2 mètres, parfois beaucoup plus», précise la chaîne de TV régionale Canal9. Car le plus mal en point de tous les glaciers se situe en Valais, dans le massif des Diablerets, près du col du Sanetsch, il s’agit de celui de Tsanfleuron, «qui aura totalement disparu d’ici à vingt ans». Aussi Le Nouvelliste a-t-il trouvé la formule choc: «Ceux qui naîtront en 2038 ne connaîtront jamais le glacier de Tsanfleuron.»

D’ailleurs, pense le quotidien du Vieux Pays, c’est peut-être parce que Tsanfleuron «a beaucoup fondu ces dernières années que les corps momifiés des époux Dumoulin y ont été retrouvés en 2017, 75 ans après leur disparition». Du coup, sera-t-il le «porte-drapeau des glaciers en voie de disparition? […] Aucun autre glacier suisse n’a perdu autant de masse durant l’été dernier», sans doute à cause de sa relativement faible dénivellation.


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Christophe Lambiel, géomorphologue à l’Université de Lausanne, confirme: «Tout comme un être humain, un glacier doit se nourrir pour être en bonne santé. Il a besoin de neige et les glaciers qui bénéficient d’un fort dénivelé sont moins impactés par le réchauffement climatique, car ils sont alimentés par le haut.»

Tatjana Billinger, gardienne de la cabane de Prarochet, sur les hauts de Savièse, constate, elle, le recul de Tsanfleuron au quotidien. «Quand ils ont construit la cabane en 1992, le glacier était à 20 mètres. Maintenant il faut marcher un kilomètre. Mais ce qui m’a le plus surprise cette année, c’est la couleur. Jamais le glacier n’a été aussi noir», précise-t-elle, au Nouvelliste toujours, car il libère des morceaux de roche et des poussières.

Du coup, le (déjà) vieux débat qui met aux prises les climatosceptiques avec les tenants de la responsabilité humaine dans le réchauffement refait surface, dans la presse et sur les réseaux sociaux. Un «spécialiste reconnu des avalanches» conteste par exemple le rôle de l’homme dans ces bouleversements. «Avec des arguments fallacieux», que dénoncent les Décodeurs du Monde:

Reste une réalité, qu’explique très pédagogiquement une vidéo proposée par Le Dauphiné libéré: «Cet été a été l’un des plus chauds depuis 1934. Par cette hausse de températures, les glaciers reculent, entraînant des éboulements de parois rocheuses et la diminution de la flore et de la faune.» En montagne, le phénomène n’est évidemment pas limité aux Alpes. Pour ceux qui se rendront au camp de base du mont Everest, par exemple, «le voyage sera une aventure inoubliable», ironise le site Kairn. com: «L’air fin, le paysage austère et les sommets aux pointes glacées percent un ciel d’encre et offrent de superbes arrière-plans pour n’importe quel accro à Instagram.»

«Cependant, ce qui est stupéfiant pour les touristes» constitue «pour les climatologues un spectacle apocalyptique», selon cette vidéo du Nepali Times. «Ils voient tout autour d’eux, dans ce paysage extraordinaire, des preuves dramatiques d’un réchauffement rapide de l’atmosphère. Les visiteurs qui reviennent dans la région de l’Everest vingt ans après remarquent aussi des changements: de grands lacs là où il n’y en avait pas, de la glace remplacée par des étangs, des rochers et du sable, la ligne de la neige sur les pentes qui remonte toujours plus haut et des glaciers qui ont reculé et rétréci.»


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