Opinions

Si le foot était conté aux femmes… Par Marie-Christine Petit-Pierre

«Pour le Mondial, j'envoie ma femme en vacances!» Entendue dans le train quelques semaines avant le début de la compétition, la petite phrase semble bien caricaturale après plus d'un mois d'un véritable festival du ballon rond. Car beaucoup d'entre elles ont suivi avec un intérêt plus que poli les joutes auxquelles se sont livrées les équipes.

A Genève, aux Bains des Pâquis, ces Messieurs ne sortent bien sûr pas vainqueurs des comparaisons avec Maldini ou Batistuta. Leur cuisse est jugée maigrelette et leurs abdominaux quelque peu ramollis. Juste retour d'un regard de maquignon jusque-là réservé aux femmes. Mais si, bien sûr, une part de la gent féminine s'oriente à la coupe du short pour repérer ses équipes favorites, son intérêt pour ce sport ne s'arrête pas là. S'il y a toujours eu des adeptes du ballon rond, très souvent initiées à ses secrets par le premier homme de leur vie, leur père, le Mondial 1998 a fait de nombreuses adeptes. Pourquoi?

Anne s'endormait d'habitude dès les premières minutes du jeux, Sylvie fourrait les sandwichs de son mari – qui avait en plus le mauvais goût de regarder les rencontres avec sa maman – de cocktails intéressants mélangeant confiture et moutarde, sans que ces deux passionnés ne remarquent rien. Pourquoi se sont elles mises elles aussi à regarder la lucarne magique? Peut-être que la douce empoisonneuse a-t-elle levé le regard de ses sandwichs et s'est-elle alors laissée séduire par un jeu enfin animé. Peut-être que la belle endormie a été réveillée par un mot qui n'avait plus beaucoup court: «buuuut!»

La sévérité des arbitres a en effet permis au jeu de redevenir mobile. Les attaquants, même s'ils sont serrés de près par la défense adverse -pauvre Ronaldo! – peuvent à nouveau courir presque libres des tacles retors.

Il y a aussi tout le contexte émotionnel. Voir jouer ensemble des équipes de pays qui se sont fait la guerre comme l'Angleterre et l'Argentine, ou d'autres qui sont quelque peu en froid comme l'Iran et les Etat Unis, c'est tout un symbole pour les femmes. Voir encore «jouer» les équipes de pays tout proches géographiquement qui vivent ou ont vécu des conflits fratricides comme la Yougoslavie et la Croatie c'est prenant, paradoxal. On peut rêver que le conflit se résolve en quelques actions magiques.

Il y a enfin et surtout toute la gestuelle. Les joueurs semblent moins nerveux, ou plutôt moins hypocondriaques, ou tout simplement moins simulateurs. Ils se roulent moins facilement par terre et surtout ils le font moins longtemps car ils sont immédiatement évacués, peu glorieusement, sur une civière. Encore une fois le jeu y gagne. Et la spectatrice peut constater de ses propres yeux, qui curieusement ne ferment plus automatiquement à l'évocation de ce sport, que le foot est un vrai jeu. Jamais elle n'aurait cru que son pouls pourrait s'accélérer en voyant les attaquants français s'approcher du but italien. Jamais elle n'aurait rêvé qu'un jour elle apprécierait une séance de tirs au but, conclusion cruelle mais finalement assez juste d'un match au cours duquel aucune les deux équipes n'ont pas réussi à se démarquer. Il lui a fallu admettre que le foot avait le pouvoir de faire battre son cœur.

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