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Supporters de l’Olympique de Marseille. Lyon, le 16 mai 2018.
© Christophe Petit Tesson

Hexagone Express

Le foot, passion présidentielle française

CHRONIQUE. Avant le match Olympique de Marseille-Atlético Madrid, en finale de l’Europa League, Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon ont affiché leur «passion» marseillaise. Pas étonnant. Le ballon rond est aussi un miroir tricolore

Deux dirigeants français ont jadis, parmi d’autres, affiché leur lecture matinale du quotidien sportif L’Equipe comme une obligation presque «professionnelle». Le premier, qui faillit être président (s’il s’était présenté en 1995), est l’ancien patron de la Commission européenne Jacques Delors. Enfant du syndicalisme chrétien, ex-collaborateur du très sportif premier ministre gaulliste Jacques Chaban-Delmas (1969-1972), le père du marché unique et de l’élargissement de l’UE à 27 avait besoin de sa dose quotidienne de sport. Le cyclisme et le Tour de France avaient ses faveurs. Le football arrivait juste derrière.

Coupe du monde et kamikazes

Le second à s’être avoué féru de sports et de ballon rond est François Hollande. Et sur ce plan, son quinquennat a connu le pire. C’est au Stade de France, le 13 novembre 2015, lors d’un match amical France-Allemagne, que l’ancien président de la République s’est retrouvé au cœur de la vague d’attentats lancée ce soir-là, lorsque deux kamikazes s’y sont fait exploser devant les grilles, pendant que leurs complices s’attaquaient au Bataclan et aux terrasses de café parisiennes. Un an plus tard, l’Eurofoot «made in France» échouera à panser les plaies. La finale, le 10 juillet, a été perdue 0-1 face au Portugal. Pas de quoi rivaliser avec l’ambiance du 12 juillet 1998, lorsque Zidane et ses coéquipiers avaient pulvérisé le Brésil 3-0 sous le regard énamouré de Jacques Chirac et de son premier ministre Lionel Jospin, socialiste et tennisman.

2018, à l’inverse, a le potentiel d’un bon cru politico-footballistique. L’équipe de France version Didier Deschamps s’est qualifiée pour le Mondial russe. Et l’Olympique de Marseille, surtout, a ressuscité le rêve d’un ballon rond populaire, à la fois «en marche» et «insoumis». Emmanuel Macron, énarque promotion Senghor (2002-2004), affiche son soutien pour l’OM qui fut le club de sa génération. Et Jean-Luc Mélenchon, son opposant de gauche radical, élu du Vieux-Port, s’est empressé de plonger dans le «chaudron». Résultat: revoici les Marseillais métissés promus en héros gaulois, comme ils l’avaient été lors de leur finale gagnée contre Milan le 26 mai 1993, emmenés par un certain Bernard Tapie, happé ensuite par le scandale de corruption du fameux match OM-Valenciennes. Le Paris Saint-Germain version qatarienne avait les faveurs de Nicolas Sarkozy. François Hollande, lui, suivait avec attention le Red Star, éternel second de la capitale. Basta. L’heure est au bleu clair, la couleur olympienne, mâtiné d’un parfum de mondialisation sportive depuis l’acquisition du club de Marseille par l’homme d’affaires américain Frank McCourt, qui a racheté le club en 2016 à la «tsarine» résidente en Suisse, Margarita Louis-Dreyfus.

Une équipe, une individualité

Cette passion marseillaise n’est guère étonnante. Car à y regarder de près, le club phocéen fondé en 1899 a tout de la France d’aujourd’hui, diablement chauvine, à la fois volontaire et rétive à la transformation. Son sanctuaire, ce stade Vélodrome au dôme blanc visible des hauteurs d’Aubagne, ressemble à un incubateur et joue un rôle à part entière dans Marseille, la série télévisée signée Netflix. Son meneur de jeu, Dimitri Payet, originaire de La Réunion, a fait ses classes chez les Verts de Saint-Etienne avant de s’exiler à West Ham en Premier League, comme tant de startupers hexagonaux exilés à Londres. McCourt, son nouveau propriétaire, est un Tapie américain, promoteur reconverti en magnat sportif. Restent les supporters et l’ineffable locataire de la mairie. D’un côté, le peuple de Marseille en transe, toutes ethnies confondues. De l’autre, le professeur d’histoire et géographie Jean-Claude Gaudin, 79 ans, archétype de l’élu à l’ancienne avec l’accent de Fernandel. Pour un président dépourvu de racines électorales comme Emmanuel Macron, comme pour le révolutionnaire Mélenchon débarqué de Paris, un tel mélange des genres ne pouvait être qu’attractif.

La passion footballistique française a en plus une vertu: elle reflète la personnalité et les contradictions de ce pays toujours meilleur lorsqu’une personnalité parvient à faire briller le collectif. Raymond Kopa – Kopaszewski de son vrai nom – incarnait sous les couleurs de Reims l’ardent patriotisme des immigrés polonais de l’ère de Gaulle et Pompidou. Michel Platini, Lorrain fils d’Italiens, fut à Nancy, Saint-Etienne puis Turin la figure parfaite du condottiere européen des années Mitterrand. Zinédine Zidane, gamin marseillais du quartier de la Castellane révélé aux Girondins de Bordeaux, fut l’emblème du black-blanc-beur que Jacques Chirac ne parvint, en revanche, jamais à incarner politiquement. Qui pour incarner, crampons aux pieds et «droit au but», la rupture jupitérienne version Macron?

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