Qu'un simple match amical soit susceptible de conditionner l'avenir d'un sélectionneur national constitue sans doute une «première» dans l'histoire du football helvétique. Au cours des années 1980, lorsque la Suisse portait le chapeau de «championne du monde des rencontres amicales» sans se qualifier pour une quelconque compétition officielle, le problème ne se posait pas en ces termes. Mais aujourd'hui, date de ce Suisse – Autriche qui sera l'unique test de préparation de la «Nati» avant d'entamer les éliminatoires de l'Euro 2004 début septembre, la situation diffère. Essentiellement en raison des doutes qui entourent le maestro, Köbi Kuhn.

La France de Roger Lemerre symbolise le triste exemple le plus récent: pour réussir, pour décrocher la lune sportive, il faut non seulement un groupe cohérent, des joueurs de talent, mais surtout un mage fin psychologue capable de les persuader qu'ils en ont. Köbi Kuhn, créateur adulé il y a une trentaine d'années, pièce maîtresse du trio médian Odermatt-Kuhn-Blättler que l'Europe entière nous enviait, est-il ce gourou tant espéré?

Les 300 jours qu'il vient de passer à la tête de la sélection apportent une réponse grisâtre. Non seulement le mentor zurichois n'a pas trouvé l'amalgame humain ni tactique, après avoir épuisé les ingrédients d'une mayonnaise qui n'a jamais pris, mais il s'est fourvoyé en matière de calendrier de travail. Preuves à charge: ce match ridicule perdu contre le Canada au printemps, alors que les internationaux helvétiques étaient déjà en vacances; ou encore le fait que le Suisse – Autriche de ce soir constitue l'unique rodage avant la venue de la Géorgie, championnat d'Europe en jeu.

Artiste sur le terrain, désormais confiné au banc de touche, Köbi Kuhn n'est pas un stratège-né, pas plus qu'un chef de commando. De surcroît, en cas de malheur, personne ne semble s'offrir comme solution de rechange toute prête. C'est bien pour cela que rien ne lui sera pardonné. Ce soir y compris.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.