Certes, il aura fallu une catastrophe sans précédent. Mais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 12 août 1949, 64 Etats adoptaient les Conventions de Genève, pilier du Droit international humanitaire, dont la Suisse est le dépositaire et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) le garant. Il y a tout juste soixante ans, face aux horreurs du conflit le plus meurtrier de l’Histoire, qui emporta autant de civils que de combattants, la communauté internationale eut soudain l’audace d’imposer la force du droit au droit du plus fort. Ce droit n’effacerait pas les guerres, mais limiterait la barbarie.

Ce droit avait déjà une histoire et un héros, en la personne du Genevois Henry Dunant, fondateur du CICR. Mais à la protection des soldats blessés et des prisonniers de guerre, les acteurs de 1949 ajoutèrent une 4e Convention pour celle des personnes civiles en temps de guerre. Trois protocoles additionnels et d’autres documents plus récents complètent cet arsenal juridique. Aujourd’hui, les Conventions de Genève sont un des droits les plus universellement reconnus. Elles demeurent pourtant une utopie. Non parce que les guerres sont toujours aussi nombreuses – c’est dans la nature humaine. Mais parce que de nombreux Etats s’emploient à minimiser la portée de ce droit.

Dictatures et régimes guerriers sont montrés du doigt. Ces dernières années, le coup le plus dur a toutefois été porté par le modèle de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés: les Etats-Unis. La guerre de Bush contre le «terrorisme international», théorisée par les idéologues néo-conservateurs, a conduit aux pires dérives dont Guantanamo reste le symbole. L’étiquette de «terroriste», nouvelle forme de déshumanisation de l’ennemi, justifie désormais tout – y compris la torture – au nom de la sécurité de l’Etat. Cette brèche a permis à nombre de régimes répressifs de légitimer leurs exactions sous le couvert de lutte contre le «mal».

Cette régression ne doit pourtant pas faire oublier l’essentiel: les progrès extraordinaires en termes de droits normatifs pour la défense des victimes de conflits depuis plus d’un demi-siècle. Le meilleur exemple en est la création d’une Cour pénale internationale (CPI) pour juger les crimes de guerre. La semaine dernière, Hillary Clinton regrettait que les Etats-Unis n’y aient pas encore adhéré. Barack Obama a promis la fermeture de Guantanamo. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont à nouveau du côté du droit. La preuve que, soixante ans plus tard, les Conventions de Genève sont plus que jamais nécessaires.

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