«Je ne comprends pas. Il faisait du foot à haut niveau, travaillait bien à l’école, était un garçon vraiment gentil. Et puis, il y a 2 ans, il a tout arrêté. Le sport. Les études. Il s’est fait renvoyer de son établissement. En janvier, tout a basculé. Il n’était pas rentré de la nuit. C’était la première fois. Je l’appelais sur son portable. Il ne répondait pas. J’étais morte d’inquiétude. Et puis la catastrophe. 5h30 du matin. Un coup de fil de la police. Il avait agressé quelqu’un dans la rue. Ensuite, le cycle infernal. La police, l’avocat, le juge, la prison pour mineur. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne comprends pas. Il était un garçon si gentil. Je ne le reconnais pas. C’est comme s’il était deux personnes différentes, celui de la maison, et un autre – délinquant – quand il est à l’extérieur…» – Témoignage d’une mère d’un jeune de 15 ans. Vous. Moi.

Envoyé par le Tribunal des mineurs de Genève, ce jeune vient de rentrer dans le programme «Face à Face Ados», proposé par l’association Face à Face qui s’adresse aux jeunes ayant des comportements violents. 74% de taux de réussite! Sur les 37 qui sont venus en 2012, 26 n’ont plus commis quelque acte de violence.

Un déclic! C’est qu’ils y apprennent la possibilité d’agir autrement. Ils y apprennent (ou souvent y découvrent) qu’il y a des signes émotionnels précurseurs qui peuvent les alerter et leur donner le temps de réfléchir, avant de passer en «zone rouge», quand plus rien ne devient contrôlable.

Le programme leur permet de se reconnecter avec leurs émotions, de développer leur capacité de liens, et leur empathie pour un plus grand respect de l’autre. Ils repartent avec des outils pour mieux gérer leur comportement. Surtout, ils ont pris conscience qu’ils avaient des choix, qui ont des conséquences pour eux, et pour les autres, dont ils sont responsables. Ils ont «la force de faire face», le slogan de l’association.

Il y a quelques jours, plus de cinquante personnes se sont retrouvées dans les nouveaux locaux de Face à Face pour faire un point sur le programme «Ados»: les partenaires de l’association (la brigade des mineurs, la gendarmerie, les gardes-frontière, l’association Action Innocence, des comédiens du Forum des possibles, un maître d’art martial de l’Académie de sécurité suisse), les représentants du réseau social de la Ville de Genève (le Service de protection des mineurs, des éducateurs des foyers, de l’unité d’assistance personnelle de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle – la FASe –, du Cycle, des représentants de la justice, de la Ville, du canton…) et, bien sûr, les psychiatres et psychologues qui accompagnent les adolescents. Claudine Gachet, la directrice-fondatrice de l’association, a présenté les nouveautés du programme, les résultats, les partenaires, et a rappelé le développement de l’axe prévention de l’association grâce aux remboursements du programme par l’assurance maladie. Parents ou éducateurs peuvent ainsi plus facilement intervenir avant que l’ado commette un délit. C’était très impressionnant de voir ce groupe enthousiaste, passionné, et avec une réelle envie de collaborer et partager ses expériences. Un objectif commun: travailler ensemble pour aider ces jeunes, pour qu’ils reprennent en main leur destin et se construisent de belles vies! Mettre tous les moyens en œuvre pour prévenir les actes de violence.

Quels liens avec les Femmes en Affaires? Dans cette belle collaboration, un absent: l’entreprise, ce lieu où la mère et le père de l’ado passent toutes leurs journées.

Côté «social», l’entreprise est perçue comme un moyen de financement et un pourvoyeur d’emplois. Absolument nécessaire! Mais on ne peut ignorer que les parents sont aussi des employés, des managers, des CEO. Leur réalité, leur quotidien, c’est l’entreprise, dans laquelle ils passent minimum 8 heures par jour, dans la bonne humeur ou/et dans le stress. Leur demander un peu plus de disponibilité n’est absolument pas trivial, même si c’est pour «la prunelle de leurs yeux».

Côté «entreprise», on ne mélange pas le privé et le professionnel… Mais le téléphone portable et les e-mails ont pourtant bien passé le pas de la porte du domicile et des vacances… Ces employés, managers, CEO sont ces mêmes parents d’adolescent-e-s en rupture, dans un état de stress quotidien pour leur enfant, et qui ne dorment plus la nuit. Leur demander de laisser leurs problèmes personnels au pas de la porte de l’entreprise est de l’ordre de l’impossible. L’ignorer ne peut avoir d’effets bénéfiques ni pour le professionnel, ni pour l’entreprise, ni pour le parent, ni pour l’ado, ni pour le futur professionnel, sur lequel devra compter l’entreprise.

Mieux comprendre la réalité du jeune et celle des parents, faire collaborer ces deux mondes parallèles, peut être un autre moyen de prévenir la violence, tout en contribuant au bien-être de l’employé, et celle des futures générations.

Mathilde Chevée, experte en marketing pour les industries high-tech et aéronautique. Etudiante en psychologie à Unidistance.

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