Tout ça pour ça! Le titre d’un film de Claude Lelouch résume bien les mois de campagne électorale que les Vaudois viennent de vivre. Beaucoup d’agitation en surface, sans réelles secousses en profondeur. Il y a certes quelques petits aménagements entre les départements, qui renforcent encore l’influence de Pierre-Yves Maillard, alors que Pascal Broulis obtient à nouveau le lot de consolation des affaires extérieures, faute d’avoir pu décrocher la présidence permanente du collège qu’il espérait.

Autre fait notable: Jacqueline de Quattro cède les affaires vétérinaires, laissant à Philippe Leuba les polémiques sur la maltraitance dans les porcheries et le sort des chiens dangereux qu’il faut parfois euthanasier. Enfin, une socialiste, juriste de formation, remplace une socialiste, juriste de formation, à la tête de l’école vaudoise.

Le scénario d’une élection surprise

Rien de fracassant dans ces bouleversements. La droite parlementaire promet de renforcer la politique d’opposition au gouvernement à majorité de gauche, même si l’alliance PLR-UDC-Verts libéraux n’a pas fonctionné au 2e tour de l’élection au Conseil d’Etat. C’est une promesse d’alcoolique: à droite, des députés expérimentés ont d’ores et déjà fait savoir que la poussée de fièvre antigouvernementale allait vite retomber.

Ce qui n’attendra pas cinq ans, ce sont les défis liés à la démographie galopante

Si des surprises doivent se produire, ce sera lors d’élections complémentaires. Quelques-uns ont déjà les yeux rivés sur les échéances fédérales de 2019. Au sein du PLR, il paraît en effet improbable que les trois ministres sortants terminent tous la législature, car cela obligerait le parti à ne présenter que des néophytes dans cinq ans. Il est même possible que le PLR doive affronter une élection complémentaire dans un délai encore plus rapproché si Jacqueline de Quattro, qui se dit intéressée par la succession de Didier Burkhalter, se lance cet été et réussit son pari. Un scénario impossible? Il faut se méfier des certitudes en politique. Bien malin celui qui aurait parié sur les chances de succès de Guy Parmelin en 2015.

Gouvernance par beau temps

Reste le travail gouvernemental au quotidien. Les compromis dynamiques, tant vantés par le Château cantonal ces dernières années, sont caractéristiques d’une gouvernance par beau temps. Les deals sont conclus entre les deux bords politiques d’autant plus facilement que les finances sont saines.

Le Conseil d’Etat actuel est-il capable d’affronter des tempêtes si un retournement conjoncturel se produisait? La publication du rapport de la Cour de Comptes sur la mise en œuvre de la réforme policière a mis en évidence un phénomène intéressant. Quand un dossier coince, la réaction est de renvoyer la solution à plus tard. En matière policière, la réforme entrée en vigueur en 2012 avait l’ambition de résoudre rapidement la question de statuts différents des policiers et de clarifier les flux financiers entre cantons et communes. Ces ambitions ont buté sur de graves difficultés, au point qu’il a été décidé de reporter les ajustements promis à 2022. Autrement dit, la patate chaude a été transmise à la prochaine génération de magistrats.

Acceptation

Ce qui n’attendra pas cinq ans en revanche, ce sont les défis liés à la démographie galopante. Les revers de la médaille de la croissance économique sont connus: encombrement des axes de transports, bétonnage des cités et difficulté à respecter les exigences fédérales en matière d’aménagement du territoire.

Dans son discours fleuve à la cathédrale de Lausanne lors de l’assermentation des autorités, Nuria Gorrite a dit sa confiance dans la capacité de l’équipe gouvernementale de trouver l’équilibre pour préserver à la fois la santé florissante du canton et la qualité de vie. Une ambition noble, où l’équipe en place peut s’appuyer sur des électeurs qui ont plébiscité la continuité, signe d’un fort degré d’acceptation des politiques publiques.

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