Revue de presse

Les forces irakiennes reprennent une partie de Mossoul-Ouest, où la situation humanitaire est calamiteuse

Des dizaines de combattants de l’Etat islamique auraient été tués. L’étau se resserre lentement sur les bastions djihadistes, mais la bataille est loin d’être terminée. Et la population vit des jours innommables

Les forces armées irakiennes ont repris ce mardi à l’Etat islamique (EI) les principaux bâtiments administratifs de Mossoul-Ouest. Elles «ont tué des dizaines de combattants de Daech», disent-elles. L’opération contre le siège du gouvernorat de l’antique Ninive et du complexe attenant a été menée de nuit. Le musée de Mossoul, en grande partie détruit et pillé par les djihadistes, comme l’expliquait le Daily Mail il y a deux ans, a également été repris, a ajouté le porte-parole.

La reconquête de ces bâtiments est plus symbolique que stratégique, car ils n’étaient plus utilisés par l’EI. Elle permet cependant aux forces irakiennes de resserrer l’étau autour de la vieille ville de Mossoul, où elles s’attendent à devoir livrer les combats les plus durs. C’est là notamment que se trouve la grande mosquée d’al-NuriAbou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EI, a proclamé le «califat» en 2014.

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L’Agence France-Presse, que reprend 20 minutes dans son intégralité, raconte que plusieurs opérations conjointes ont réussi à rapprocher les forces armées des quartiers stratégiques: elles «avancent depuis plusieurs directions sur les bords du Tigre», rive droite. Outre les quartiers généraux administratifs sur lesquels elles ont remis la main, la direction générale de l’eau, de l’électricité et des égouts a également été reprise.

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Cependant, il ne faut pas se leurrer, comme l’expliquait l’excellente revue de presse de France Culture ce lundi: «La prise du dernier bastion irakien de l’EI […] s’annonce bien plus difficile que prévu.» Mais c’est la condition sine qua non pour rejoindre ensuite le centre nerveux de Daech, à Racca, dit le Wall Street Journal. Il y a d’ailleurs urgence, puisque «des dizaines de milliers de civils continuent, eux, de fuir les quartiers occupés par Daech, emportant avec eux la terreur qu’ils ont endurée pendant des mois. Et c’est ainsi, écrivent les deux envoyés spéciaux du quotidien américain, qu’on ne compte plus à présent les histoires sordides décrivant la brutalité avec laquelle l’organisation Etat islamique se sert aujourd’hui de la population, comme de véritables boucliers humains.»

Des infos très confuses

Pour l’heure, l’issue de la bataille de Mossoul est donc encore incertaine. «La partie ouest de la ville concentre le gros des forces djihadistes et […] c’est aussi la plus peuplée, toujours habitée par des centaines de milliers de civils, qui ont eu pour consigne de rester sur place», indique le New York Times.

Et puis, il y a toujours une grande confusion dans les informations qui nous parviennent dans une guerre de communiqués. «A l’entrée ouest d’un des ponts sur le Tigre», lundi, par exemple, les soldats faisaient «face aux attaques suicides et aux drones chargés d’explosifs». Or, il y a une semaine, le Ministère de l’intérieur irakien annonçait «avoir pris ce pont, décrit comme un enjeu stratégique pour la conquête de la vieille ville de Mossoul». Mais «en réalité il n’en était rien», commente l’envoyé spécial de France 24.

«Après de violents combats, le pont, partiellement détruit par des frappes de la coalition, est repris. Sa réparation doit permettre aux forces de sécurité d’opérer la jonction avec les troupes qui se sont emparées de la partie orientale de la ville. […] La situation tactique encore extrêmement fragile dans le secteur rend tout projet de reconstruction du pont pour le moment impossible. Son intérêt tactique est pourtant vital.»

De très grands moyens sont donc mis en œuvre depuis deux semaines et demie, comme le montrait un reportage vidéo publié par le Guardian, qui mettait en scène, explique Courrier international, un journaliste irakien «immergé dans la division d’élite des forces» de son pays, «présentes sur la ligne de front qui sépare l’est – aux mains de l’armée du pays – de la terreur de Daech à l’ouest. A la rencontre de ces soldats qui peinent à gagner la confiance des populations, il comprend que la bataille de Mossoul se joue contre «l’ennemi le plus redoutable du monde». Et que, de cette guerre brutale et lente, qui semble sans fin, dépend l’avenir de l’Irak. [Attention, certaines images de ce reportage peuvent heurter les sensibilités.]

Sputnik France, jamais avare de propagande – donc à prendre avec des pincettes – dénonce tout de même pour sa part la «famine», la «soif» et le «manque de médicaments»: «La situation humanitaire est calamiteuse dans la ville de Mossoul, dont les habitants sont contraints de fouiller dans les poubelles pour trouver à manger et ne pas mourir de faim. Sur la page Facebook «Mosul Eye» (L’Œil de Mossoul), les résidents de la partie ouest de la ville ont publié une lettre appelant le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, et la communauté internationale à sauver les habitants et à leur fournir médicaments, nourriture et eau.»

Belkis Wille, chercheuse à Human Rights Watch, le confirme à L’Orient-Le Jour: «Nous apprenons régulièrement que des personnes meurent de malnutrition à cause du manque d’accès à l’eau potable, de la pénurie de combustibles nécessaires pour se nourrir et faire fonctionner les générateurs. Tout cela rend la population de Mossoul-Ouest vulnérable. La véritable question est à quelle vitesse les opérations vont-elles se dérouler et à quelle vitesse allons-nous voir les villages de l’ouest repris un à un. Quand cela arrivera, les civils pourront bénéficier à nouveau de la distribution de nourriture à l’intérieur de la ville.»

Le Point évoque quant à lui l’histoire de ce policier «qui traque Abou Ayoub, un responsable de Daech avec qui il a grandi». Pour lui, «la vengeance est un plat qui se mange froid. Cela fait presque trois ans que le colonel d’état-major Wathaq al-Hamdani aiguise ses couteaux.» Un jour, l’Etat islamique paiera ses méfaits au prix fort, il le promet.

Et pendant ce temps, BHL…

Et pendant ce temps-là, écrit Le Huffington Post, Peshmerga, le film de Bernard-Henri Lévy laisse quand même «filtrer l’espérance». Il «parvient à insérer l’histoire immédiate, la prise de Mossoul, dans le contexte plus vaste de la guerre au fanatisme vert. Nous partons avec lui à l’assaut des positions ennemies, nous souffrons avec les blessés et les morts, nous admirons la bravoure des soldats, hommes ou femmes, contraints d’affronter les zombies de Daech qui veulent moins se battre que mourir.»

BHL «ne cache rien des ambiguïtés de ces batailles où les alliés ne s’engagent pas sans arrière-pensées, où chaque camp veut tirer le maximum de chaque victoire, ou les rêves de sécession minent un Irak fracassé depuis des années par la guerre civile. Il ne dissimule pas les antagonismes entre Kurdes et Arabes, sunnites et chiites, chrétiens et musulmans. Mais dans chaque prise de vue, il laisse filtrer l’espérance d’une réconciliation: tels ces peshmergas sunnites qui rétablissent une croix sur la cathédrale de Qaraqosh, plus grande ville chrétienne de la plaine de Ninive.»

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