Ces derniers temps, le système de formation professionnelle (FP) suisse est à l’honneur un peu partout dans le monde. Il faut le dire et le répéter, il y a deux causes essentielles à la prospérité suisse: l’une est la stabilité et la sagesse de ses institutions, l’autre réside dans sa filière duale. Que le monde entier en vante la valeur permettra peut-être que nous en prenions conscience en Suisse aussi, alors que trop de parents ont le sentiment qu’il s’agit d’un deuxième choix après l’université. Pour les convaincre, voici quelques succès récents et édifiants.

Pluie de récompenses

Le mois dernier, les Championnats du monde des métiers se déroulaient à Abu Dhabi, avec pas moins de 1251 jeunes provenant de 58 pays qui concouraient dans 51 disciplines. La Suisse y a remporté onze médailles d’or, six d’argent et trois de bronze, prenant ainsi la première place parmi les pays européens et la deuxième sur le plan mondial! Le mois précédent, une équipe de quatre apprentis agriculteurs des écoles d’Agrilogie (VD), de Cernier (NE), de Châteauneuf (VS) et de la Fondation rurale interjurassienne, a remporté le titre de champion d’Europe lors des Europea Agrolympics, devant vingt autres pays représentés pour concourir sur deux jours en prenant part à dix-huit épreuves. Sans étonnement, on apprend que la force des Suisses résidait dans la complémentarité de leurs connaissances théoriques et pratiques. L’an dernier, à Erfurt en Allemagne, se déroulait l’Olympiade internationale des cuisiniers organisée tous les quatre ans. L’équipe suisse a pris la troisième place derrière Singapour et la Finlande, tandis que l’équipe suisse junior ramassait la médaille d’argent après la Suède.

Dans le domaine des HES, la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR) a permis le succès des deux aérostiers fribourgeois engagés dans la célèbre course en ballon à gaz America’s Challenge, en leur apportant son expertise (physique du ballon, analyses et simulations numériques pour optimiser les trajectoires, système de mesures embarqué, coordination du PC Course). Ils ont remporté la course mais se sont offert de surcroît le record du monde de distance en parcourant 3400 kilomètres.

Intérêt de la France

Cette liste de succès internationaux n’est pas exhaustive et, pour nouer la gerbe, il y a une semaine, la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, a fait le grand honneur à la Suisse de venir voir à la source comment était organisé son système de formation professionnelle (FP). «Nous voulons nous nourrir de votre longue, votre forte expérience», a-t-elle déclaré. Accompagnée par le Conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, elle s’est donc rendue dans les locaux de l’entreprise Bobst dont on ne dira jamais assez tout ce qu’elle a fait et continue de faire pour l’apprentissage des jeunes. L’avantage d’avoir au Département de l’économie un conseiller fédéral qui soit lui-même patron, c’est qu’il a pu parler de FP à sa consœur en connaissance de cause: son entreprise, Ammann Group à Langenthal, offre exactement les mêmes possibilités aux apprentis que Bobst en Suisse romande, ce qui n’est pas peu dire!

En Suisse, deux tiers des jeunes adoptent une filière duale, quitte ensuite à emprunter des passerelles pour continuer leur formation. En France, ils sont moins de 10%

La France, où le chômage des jeunes est préoccupant et où l’ascenseur social est en panne, a raison de s’intéresser au système dual suisse. Qui sait en effet le nombre incroyable de grands patrons qui sont issus de l’apprentissage comme Sergio Ermotti, président de la direction générale d’UBS (apprenti de banque), ou comme Pierre Arnold, fondateur de Migros, qui a commencé par faire un apprentissage d’agriculteur. Une étude sur les dirigeants des sociétés cotées au SPI (Swiss Performance Index) et au SMI (Swiss Market Index), montrait en 2005 que 20% étaient issus de la FP, chiffre extraordinaire. En Suisse, deux tiers des jeunes adoptent une filière duale, quitte ensuite à emprunter des passerelles pour continuer leur formation. En France, ils sont moins de 10% mais le chômage des jeunes culmine à 25% contre 9% seulement en Suisse, un des plus bas du monde. Quelle meilleure preuve apporter du bien-fondé de la FP?


 Les précédentes chroniques de Marie-Hélène Miauton