La chronique

Formidable

Le coq ne chante jamais si bien que les pieds dans la boue, dit-on. C’est pourquoi l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, est venu donner la leçon à la Suisse lors du Forum économique d’Interlaken. Malgré la situation catastrophique de son pays la France, malgré les scandales qui éclaboussent son parti l’UMP, malgré les affaires qui lui collent aux basques, il s’y est montré arrogant et impoli.

Selon lui, la Suisse doit entrer dans l’Union européenne, ses sept conseillers fédéraux sont pour le moins ringards et son système de présidence annuelle rend le pays ingouvernable. Outre l’incroyable culot de l’ancien dirigeant, ces propos dénotent surtout son inculture politique car tout ce que Sarkozy considère comme inefficace est au contraire d’une redoutable efficience. Notre présidence annuelle empêche le culte de la personnalité. Notre Conseil fédéral à sept, chiffre magique, permet la collégialité et offre depuis un siècle et demi l’exemple d’une gouvernance performante. Enfin, même sans avoir adhéré à l’UE, la Suisse se permet une prospérité économique et sociale à laquelle la France et certains autres pays de l’Union n’osent même pas rêver.

Il est vrai que ce modèle est strictement à l’opposé du système français qui veut de la gloire et du spectacle sous les ors et les brocarts. Un système qui emprunte beaucoup aux anciennes royautés mais avec le faste sans la noblesse, les droits sans les devoirs, le luxe sans la grandeur, et le pouvoir unique sans la légitimité. Actuellement, la France est dirigée par un président et un parlement qui ne représentent absolument pas la majorité du peuple mais ses institutions permettent que perdure encore trois ans cette aberration. Pendant ce temps, nos sept sages sont représentatifs de l’entier du peuple, dans toutes ses nuances politiques. Qui est ringard? Aujourd’hui, notre voisin compte 10% de chômeurs, et même 23% chez les jeunes. La Suisse culmine à 3%. Qui est inefficace?

Alors que le roi d’Espagne abdique, tirant la leçon des scandales. Alors que l’Italie se dote d’un nouveau gouvernement pragmatique. Alors que la Grèce fait des efforts douloureux pour redresser les comptes de l’Etat. Alors que l’Angleterre s’offre une croissance économique soutenue et démontre ainsi, avec l’Allemagne, quelles sont les conditions-cadres qui conduisent à la prospérité… la France, elle, prétend avoir toujours raison et s’offre simultanément la droite et la gauche les plus bêtes du monde. Pauvre peuple français qui, pour relever la tête et s’offrir un peu d’espoir, ne peut plus miser que sur ses Bleus au Mondial!

Dès lors, il faut remercier et non railler Adolf Ogi qui a su réagir face à l’affront et a remis à sa place le petit homme emporté dans sa gesticulation. Il a rappelé ce qu’il y a de démocratique, de sage et finalement de grand dans notre pays injustement critiqué. Décidément, il y a du bon dans ce patriotisme assumé et dans cette fierté chatouilleuse. Qui d’autre que lui parmi nos politiciens l’aurait osé? Bravo à lui!

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