Touristes imaginaires

La fourchette dans l’œil

Tous les vendredis de l’été, notre chroniqueuse arpente les bonnes et les mauvaises habitudes en vacances

Thierry, enthousiaste, féru d’histoire et Sagittaire, est le compagnon idéal si vous voulez revenir de vacances avec quelque chose de plus tangible qu’un bibelot représentant la Grande Dixence en coquillettes.

Remparts, citadelles, fortifications à créneaux, tout le BTP de votre lieu de villégiature est prétexte à anecdotes délicieuses pour ce savant. Saviez-vous par exemple que pour construire sa piscine à boules impériale, Charlemagne avait dû faire venir le toboggan de Düdingen? Ou encore que l’armoire à mouchoirs de Catherine de Médicis avait à l’origine été conçue pour la résidence secondaire d’Oprah Winfrey? Bref, vous allez d’étonnements en émois grâce à votre passionnant ami.
Vous sentez toutefois que le séjour prend un tour sombre quand Thierry vous propose un matin de faire trois heures de route pour vous rendre au Musée de l’Apéricube.

Vous essayez de le raisonner; vous avez clairement fait le tour des sites culturels que la région a à offrir et il est temps de profiter du pédiluve de la copropriété. Thierry entre alors dans une rage inouïe et bientôt, vous voilà tous deux à terre, luttant sur les dalles de terre cuite, tels les Abel et Caïn du lotissement Les Azalées. C’est là que, dans un accès de lucidité teinté d’un début d’insolation, vous couperez court à sa plaidoirie pour la visite d’un système aquifère situé à 400 km de là – «… Ce qui est très malin pour l’époque, c’est que l’aqueduc possède plusieurs voies d’évacuation!» – en lui plantant amicalement mais non sans force une fourchette à saucisses dans l’œil.

Thierry n’en veut pas à l’inculte que vous êtes de jalouser son érudition et, diminué mais pas mort, il profitera de sa convalescence pour se lancer dans un PowerPoint à destination des malchanceux restés à lézarder sur la plage cet été.

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