Que se passe-t-il à Zhongnanhai, le cœur du régime chinois? Alors que l’empire s’est imposé comme la deuxième puissance économique mondiale et qu’il semble rayonner sur le monde comme jamais auparavant, le Parti communiste chinois se crispe dans une paranoïa sécuritaire. La disparition depuis quatre jours du concepteur du stade olympique de Pékin (un symbole national), l’artiste Ai Weiwei, semble indiquer que, désormais, en Chine, plus personne n’est à l’abri d’une arrestation.

A l’inverse de nombreux activistes bâillonnés et emprisonnés jusqu’ici, Ai Weiwei est une célébrité dans son pays en plus d’être une star mondiale de l’art contemporain. Ses œuvres sont exposées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Asie et en Suisse. Il fait de plus partie de ce cercle très sélect des «princes», des fils de révolutionnaires (son père était un poète communiste proche de Mao avant d’être purgé).

Pourquoi lui, maintenant? La démarche artistique d’Ai Weiwei s’est sans doute toujours plus confondue avec un discours politique affichant une critique du régime. Mais pourquoi prendre le risque d’une vaste réprobation internationale?

En réalité, Ai Weiwei n’est que la dernière victime d’une vague de répression qui a débuté dès le lendemain des Jeux olympiques de Pékin ayant déjà fait des centaines de victimes anonymes. Celle-ci s’est encore accentuée depuis le mois de février. On peut trouver de nombreuses raisons à cette nervosité. Il y a d’abord un contexte de transition de pouvoir politique qui génère de l’anxiété au sein de l’élite dirigeante. Il y a ensuite la crainte d’une détérioration économique avec le spectre de l’inflation toujours source de révolte. Il y a encore l’influence jugée néfaste des révolutions arabes qui font douter du bien-fondé du modèle autoritaire dont se vantait il y a peu Pékin. Il y a surtout un manque pathologique de confiance envers sa population et singulièrement sa jeunesse qui pouvait se reconnaître dans la démarche d’Ai Weiwei. C’est la principale fragilité de cet empire

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