La pandémie du Covid-19 met en lumière les forces et faiblesses des pays développés. Tous en connaissent un très grand nombre du fait de leur forte intégration dans l’économie globale. A une exception près toutefois: les îles (Japon, Australie et Nouvelle-Zélande) moins touchées, pour d’évidentes raisons.

Le nombre de décès par million d’habitants fait apparaître de façon presque caricaturale la frontière entre les pays qui se portent plutôt bien et ceux qui connaissent des difficultés dans leur organisation sociale et politique.

En Asie, une discipline collective sans faille

Parmi les bien portants, les pays les plus développés d’Asie: la Corée du Sud, Taïwan et Singapour ont le mieux résisté à la pandémie, en partie parce qu’elles ont une expérience récente de la gestion des crises sanitaires. Leurs économies sont florissantes et leurs services publics sont efficaces. Ces sociétés sont certes inégalitaires, mais elles peuvent s’appuyer sur une discipline collective sans faille et une expérience acquise dans les plus récentes épidémies.

En Europe, ceux qui s’en tirent le mieux sont sans surprise les pays nordiques, ainsi que l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (qui connaît le taux de décès le plus élevé du groupe des «moins souffrants»). Ils présentent quelques caractéristiques communes: ils figurent tous dans le «top 20» du classement du bien-être établi par l’OCDE; leurs économies sont prospères; leurs services publics sont efficaces, leur organisation politique décentralisée; la gestion des conflits sociaux et politiques y est basée sur des compromis. Dans tous ces pays, l’équilibre entre liberté et sécurité repose sur un fort sens de la responsabilité individuelle et collective, allié à un système de redistribution des richesses performant.

La seule véritable surprise vient du Portugal, pays moins riche, dont les services de santé ont connu des coupes dramatiques après la crise mondiale, qui connaît peu de décès. On se rappellera toutefois que le pays avait démontré, tout comme l’Irlande, des capacités de résilience tout à fait remarquables après la crise mondiale.

En Europe, les dérives de l'ultra-libéralisme

A l’inverse, l’Espagne, l’Italie, la France et la Belgique figurent parmi les grandes victimes du coronavirus. Ces pays ont en commun d’avoir connu une sortie de crise difficile. La part de la dépense publique dans le PIB y est élevée mais les Etats sont dysfonctionnels. Les services publics sont défaillants, les crises politiques s’y succèdent. L’organisation territoriale est également en cause, soit par excès de centralisme, soit par un fédéralisme mal vécu. C’est à ces nations que s’appliquent les paroles de la chanson Fragile, Fragile de Salvatore Adamo, citée dans le titre.

Le cas du Royaume-Uni et des Pays-Bas est différent. Cette fois, ce sont les dérives de la pensée ultra-libérale qui sont en cause. Ces deux nations ont refusé dans un premier temps les mesures de confinement, alors qu’elles figuraient, du fait de l’importance de leurs échanges commerciaux, parmi les plus menacées. Leur taux élevé de décès dus au Covid-19 relève d’une gestion défaillante de la crise.

Aux Etats-Unis, les inégalités en matière d'accès aux soins

Pour l’Amérique du Nord, où l’épidémie s’est déclenchée un peu plus tardivement qu’en Europe, il est un peu tôt pour se prononcer, mais tout semble indiquer que le Canada sortira moins meurtri de l’épidémie. Les Etats-Unis, bien que disposant d’un système de santé très performant, paieront sans doute un très lourd tribut, parce que ledit système n’est pas accessible à tous et à cause de la prévalence d’une obésité morbide dans les groupes sociaux les plus pauvres. Dernier facteur aggravant enfin: les réticences des gouverneurs de certains Etats à ordonner des mesures de confinement et le refus de certaines Eglises évangéliques à suspendre les cérémonies religieuses.

Reste à savoir qui souffrira le plus de la crise économique et sociale sans précédent qui est en train de s’abattre sur le monde. Je serai enclin à croire que ce seront hélas les mêmes.

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