En raison de ses particularités topographiques, la Suisse n'a d'autre choix que de soutenir ses régions périphériques. Il y va de ses équilibres intérieurs. Il n'est donc pas question d'abandonner les vallées jurassiennes et alpines à leur sort au moment où une vague de libéralisation souffle sur le continent. Comme le démontre l'exemple du marché des télécommunications, cette ouverture à la concurrence profite à tout le monde. Mais elle entraîne un transfert d'emplois et de centres de décision des régions périphériques vers les centres urbains, transfert qui n'est pas sans rappeler celui vécu par l'horlogerie dans les années 70 et 80.

A l'époque, on avait mis sur pied un instrument d'aide régionale qui s'est révélé très efficace: l'arrêté Bonny. Vingt ans plus tard, cet instrument, que les grands patrons économiques zurichois ont toujours contesté, existe toujours, et c'est tant mieux. Les mesures d'accompagnement présentées mercredi par le Conseil fédéral s'inscrivent dans le même mouvement. Elles sont nécessaires, en raison de ces fragiles équilibres qui composent le pays, équilibres qui ont trouvé leur écho à l'intérieur du Conseil fédéral. Ce plan d'action est en effet le fruit retrouvé de la collaboration Leuenberger-Couchepin, collaboration qui a été mise à mal ces derniers temps à cause des questions énergétiques. Dans le cas présent, le socialiste Moritz Leuenberger aurait sans doute souhaité des mesures plus généreuses. De son côté, et au nom du libéralisme, le radical Pascal Couchepin aurait peut-être voulu réduire l'intervention de l'Etat à sa portion congrue. Au bout du compte, on se retrouve avec un programme plutôt modeste, mais nécessaire et qui vise avant tout à inciter les régions concernées à s'engager à leur tour pour soutenir l'innovation, par exemple dans le secteur du tourisme, où il y a sans doute encore beaucoup à faire.

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