Revue de presse

Les frais de roaming dans l’UE, c’est fini. Et pour la Suisse?

Suppression obligatoire des surcoûts d’itinérance pour les clients des opérateurs mobiles: la règle paraît simple, mais elle comporte des limites importantes. Les opérateurs devront bien compenser les pertes

Les frais de roaming – «itinérance», en bon français – en Europe font désormais partie du passé: les consommateurs peuvent depuis le 15 juin utiliser leurs forfaits mobiles nationaux au sein de l’Union européenne sans surcoût, un «véritable succès» revendiqué jeudi par Bruxelles.

Concrètement, cela signifie que depuis ce jeudi, quand un réseau wi-fi n’est pas disponible, les citoyens qui voyagent au sein de l’UE peuvent appeler, envoyer des SMS et se connecter sur leurs appareils mobiles au même prix que celui payé dans leur propre pays. «La fin d’une situation absurde», juge El Periodico de Catalunya. Mais «attention à ne pas vous faire piéger», avertit BFMTV.

A ce sujet, le site Eurotopics a recensé et traduit quelques articles de médias du Vieux Continent. Pour De Standaard, par exemple, dans les sursauts que vit l’Union ces temps-ci, c’est «une évolution encourageante» de l’UE que «ce cadeau fait aux consommateurs», dans un «élan retrouvé de la pensée unitaire européenne».

Mais l’optimisme du quotidien belge flamand demeure «prudent». On dira que «cette histoire d’itinérance montre la marche à suivre: les possibilités d’embellir et d’enrichir la vie des Européens sont illimitées.» Son confrère catalan renchérit en estimant que «d’habitude, on n’hésite pas à critiquer les bureaucrates de Bruxelles, mais cette fois-ci, il faut reconnaître que la Commission, par son opiniâtreté, a su faire primer les droits des consommateurs sur les intérêts des entreprises».

Un hameçon pour la pub

Vraiment? Ces consommateurs, justement, ont-ils «une quelconque importance» aux yeux des opérateurs? En Slovénie, le quotidien Vecer ne se fait aucune illusion. Les frais diminués entraîneront forcément une augmentation du trafic internet, ce qui constitue un hameçon pour la publicité. En cette année 2017, nous prendrons donc «davantage de photos et de vidéos, les partagerons, les commenterons sur Facebook et les enverrons via Twitter». Et comme d’habitude, ce seront Google, Facebook, YouTube, Snapchat et Instagram qui en profiteront le plus. «Des entreprises américaines […] Donald peut déjà se frotter les mains.» Et Facebook, précisément, héberger les propos de tous les protestataires qui s’estiment «dindons de la farce».

Vers une fracture Nord-Sud?

La Commission européenne a aussi beau se féliciter elle-même de la fin de «cette bataille qui a duré près de dix ans» et qui «apporte une vraie bouffée d’oxygène aux citoyens européens», Le Monde Informatique avertit que la disparition de ces frais est relative: «Certaines surfacturations sont toujours à l’ordre du jour.» Et l’on n’échappera pas au «problème» suivant: «les transferts de population l’été du nord au sud entraînent», avec ces pertes de revenus, «un vrai déséquilibre pour les opérateurs italiens, français, espagnols et portugais». Il y aura des gagnants et des perdants, forcément, même s’il est encore prématuré d’affirmer clairement où et quels sont les avantages, et les inconvénients, de la numérisation toujours plus grande de l’activité touristique:

Sans compter qu’être «vacancier, frontalier» ou «expatrié», ce n’est pas du tout la même chose pour les opérateurs: la durée des séjours à l’étranger compte aussi, lit-on sur le site de France Télévisions. C’est-à-dire que «tout comportement» jugé «excessif», explique Le Monde, comme utiliser davantage son téléphone à l’étranger que dans son pays d’origine, «peut être facturé dans la limite du plafond européen (3,2 centimes par min, 1 centime par SMS)».

Objectif? «Eviter que des Européens souscrivent à des forfaits plus avantageux dans un autre pays pour les utiliser chez eux.» La libéralisation a ses limites… Elle dépend du forfait que l’on a contracté… «et de savants calculs de la Commission». Voilà pourquoi à Zurich, le Tages-Anzeiger dénonce une mesure bien peu démocratique. Pour lui, «seuls les cosmopolites en profiteront». Car les groupes de télécommunications de l’UE ne sont pas fous: ils vont tenter «de compenser ces pertes».

«Les loups» sont tapis dans l’ombre

Plusieurs opérateurs ont d’ailleurs «déjà augmenté leurs tarifs nationaux» et «d’autres devraient revoir à la hausse les prix des abonnements». Le site Capital.fr prend l’exemple de la France, pour traquer «les loups cachés derrière la fin du roaming», une «règle simple» pourvue de «quelques limites» importantes. Les vrais gagnants, dit le Tagi, ce sont donc «ceux qui voyagent beaucoup et qui téléphonent à l’étranger. Leur facture […] sera réduite, aux dépens de ceux qui travaillent, partent en vacances et téléphonent dans leur propre pays.»

Alors les Suisses, justement? Dans tout ce remue-ménage, quel est leur sort à eux qui sont encore isolés au cœur de l’Europe et paralysés par l’absence de l’accord-cadre bilatéral que réclame Bruxelles? Eh bien c’est simple, prévient le magazine Bon à savoir (BàS): si le Royaume-Uni en phase de Brexit est concerné par cette nouvelle législation, les Helvètes «vont continuer de payer ce service au prix fort!».

Tellement fort que l’Alliance des organisations des consommateurs a adressé cette semaine une lettre ouverte à la conseillère fédérale Doris Leuthard pour demander, notamment, «la facturation au kilo-octet et à la seconde pour ne payer que ce que l’on consomme, la libre souscription d’offres auprès d’autres opérateurs suisses ou étrangers pour stimuler la concurrence ou encore l’augmentation de la durée de validité des offres souscrites afin d’éviter de devoir racheter un forfait qui n’a pas été épuisé».

En attendant les nouvelles du front, Bon à savoir donne quelques conseils utiles pour contourner ces fameux frais d’itinérance – avec des cartes SIM – en Allemagne, en Italie, en France et en Espagne. Autre solution: se tourner vers Orange et sa filiale Sosh, qui ont supprimé, pour la Suisse et la principauté d’Andorre, «les surcoûts d’itinérance sur leurs offres mobiles depuis le 18 mai pour les particuliers et le 1er juin pour les professionnels, légèrement en amont de la date imposée par les autorités européennes». Ce, «en plus des pays de l’Union européenne» où, rappelons-le, la mesure «est obligatoire».

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