L’économie suisse avait affiché une résistance inattendue au premier semestre. Franc fort, conjoncture européenne morose n’avaient pas plongé le pays dans la récession, contrairement aux prédictions de la plupart des experts.

Quelques mois plus tard, cette solidité est-elle en train de flancher? Les chiffres du commerce extérieur, publiés mardi, peuvent inquiéter. Les exportations horlogères montrent un recul marqué, le plus important depuis 2009. Et la baisse ne se limite pas aux ventes de montres, neuf branches sur dix affichant un repli.

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On aurait vite fait de blâmer le franc fort. L’abandon du taux plancher entre le franc et l’euro en janvier dernier a renchéri de manière spectaculaire les prix des biens exportés. Et, si la monnaie a faibli, elle reste encore largement surévaluée, selon la Banque nationale suisse (BNS). La vigueur du franc n’explique pas tout. Elle explique seulement le recul des exportations dans la zone euro. Or, ce n’est même pas la région où les ventes sont les plus difficiles. L’Asie, qui, par son dynamisme, a porté les exportations suisses ces dernières années, affiche un retrait encore plus fort. En Chine, en Corée du Sud, à Taïwan ou à Hongkong, le revers déjà constaté ces derniers mois est impressionnant. Même aux Etats-Unis, alors que le franc s’est largement affaibli face au dollar, les exportations horlogères reculent.

Les causes – lutte contre la corruption en Chine, croissance mondiale en berne et d’autres facteurs propres à chaque secteur –, sont donc bien plus complexes que la seule variable monétaire. Pourtant, cette dernière pourrait refaire surface. Ou, du moins, forcer la BNS à agir de nouveau. Ce jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait décider de renforcer son soutien à l’économie européenne en augmentant son plan de rachat d’actifs. C’est la perspective du lancement de ce programme qui avait poussé la BNS à intervenir en janvier dernier. Anticipant des pressions sur le franc, l’institution avait jugé son taux plancher impossible à défendre.

Une nouvelle intervention de la BCE pourrait reproduire ce scénario. Selon un sondage de Bloomberg, près d’un économiste sur deux s’attend à ce que la BNS impose des taux négatifs encore plus importants si son homologue européenne décide d’agir. Une démarche essentielle pour éviter que la situation n’empire. Mais qui ne résout pas tout et qui trahit encore la perte d’indépendance de la politique monétaire suisse.

L’économie suisse, qui peut néanmoins compter sur la vigueur de la consommation et sur la capacité des entreprises exportatrices à s’adapter, devra se montrer patiente avant de pouvoir retrouver ce contrôle lorsque la zone euro aura définitivement tourné la page de la crise de la dette.