La preuve est de nouveau faite en France: rien ne résiste au rêve élyséen. Plutôt que de se concentrer, dans sa région d’Ile-de-France, sur la situation de la pandémie – il est vrai gérée pour l’essentiel par l’Etat malgré les promesses répétées de décentralisation des décisions –, Valérie Pécresse a choisi la voie inaugurée au mois de mars par Xavier Bertrand: avancer au plus vite sur la voie de la présidentielle, pour espérer faire la différence aux yeux des électeurs, mais aussi des médias et des sondeurs.

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Et tant pis si, pendant ce temps-là, l’indispensable débat parlementaire sur le projet de loi «Passe sanitaire» – adopté vendredi matin en accéléré par l’Assemblée nationale après une nuit agitée, et transmis au Sénat – est en partie occulté, voire négligé.

Pré-campagne présidentielle

Bienvenue dans la République où, à peine réélus, deux présidents d’exécutif régional choisissent de consacrer l’essentiel de leur temps à leur pré-campagne présidentielle, dans l’espoir de décourager les autres candidats. Même si Xavier Bertrand, lui, l’avait annoncé aux électeurs, cette faculté à changer de casquette sitôt la réélection acquise ne pourra que conforter les abstentionnistes des 20 et 27 juin dans leur décision de ne pas se rendre aux urnes…

L’autre caractéristique de cette course anticipée vers l’Elysée est qu’elle est assurée d’accélérer ce que la plupart des politiciens disent sans cesse redouter et déplorer: le manque d’information de fond, et la «machine à essorer» médiatique des chaînes d’information continue. Au lieu d’attendre la rentrée, de laisser passer l’été, et d’attendre que les règles soient fixées sur la nature de l’éventuelle primaire organisée pour les départager, les candidats de la droite préfèrent croiser déjà le fer par caméras interposées.

Faire le plus de bruit possible

Leur stratégie est simple: faire le plus de bruit possible pour que leurs adversaires potentiels qui ne se présentaient pas aux régionales – on pense à l’ex-négociateur du Brexit Michel Barnier ou au président de l’Association des maires de France François Baroin – se découragent et lâchent l’affaire. Un peu comme ces catcheurs qui, avant de monter sur le ring, cherchent à dissuader leurs adversaires – et à conquérir l’attention du public – en multipliant cris, facéties et mimiques.

Le résultat est malheureusement connu: alors que le pays risque l’épreuve d’une nouvelle crise sanitaire, et que l’exécutif a besoin de calmer le jeu social et politique pour prendre les difficiles décisions qui s’imposent en matière de vaccination, les candidatures à la candidature alimentent un théâtre politique parallèle, naturellement source de déclarations contradictoires, exagérées, dopées par la volonté de démontrer l’inefficacité de celui dont ils rêvent d’occuper le bureau parisien, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Emmanuel Macron.

Tintamarre et polémique

Normal? Voire. La vérité est que dans ces conditions le tintamarre polémique d’un Eric Zemmour et la cavalcade permanente des chaînes d’info autour d’un possible retour des «gilets jaunes» prennent tout leur sens. A chacun son procédé pour attirer l’attention et espérer profiter d’une faiblesse ou d’une erreur de l’autre pour le pousser à la faute. En espérant qu’au sommet de l’Etat Emmanuel Macron trébuche. Le jeu de massacre politique est la règle, auréolé de belles formules pour justifier tantôt une candidature «authentique pour un mandat unique» (Xavier Bertrand), tantôt celle d’une «femme libre» (Valérie Pécresse).

La France est prise en otage par sa course présidentielle. C’est un fait. Et personne, là-dessus, ne suggère de demander aux Français ce qu’ils en pensent vraiment.

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