Chronique

En France, la défiance envers le système est généralisée

La semaine dernière, notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton décrivait le déclin des partis politiques, révélé par la campagne présidentielle hors norme qui se déroule en France. Cette semaine, elle se penche sur les autres piliers indispensables à la démocratie que sont les élus, la justice et les médias

La semaine dernière, je m’inquiétais de la perte de pouvoir des partis politiques en France.

Relire: Nuages noirs sur la démocratie

Mais les autres institutions indispensables au bon déroulement de la démocratie montrent, elles aussi, tous les signes d’une profonde désaffection du peuple. Commençons par la classe politique en rappelant que, depuis des années, tous les sondages la concernant sont en chute libre. Aujourd’hui, la méfiance vis-à-vis d’elle touche neuf Français sur dix qui estiment que leurs élus «ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous» ou qu’ils sont corrompus. Dès lors, 70% considèrent que la démocratie ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout. Quel verdict sans appel! Pourtant, l’intérêt des Français pour la politique demeure important et ne faiblit pas.

Pratiquer l’anathème

La justice est moins unanimement mise en cause mais seule une minorité de quatre Français sur dix lui accordent leur confiance. C’est la moitié du score de la police par exemple. L’affaire déplorable dite du «Mur des cons» n’a sans doute pas encouragé la population à avoir de l’estime pour des juges méprisant leurs justiciables et affichant leur engagement politique extrémiste. L’affaire Fillon en cours ne va pas non plus laisser indemne le PNF (Parquet national financier) que l’on accuse de servir le pouvoir exécutif dont il dépend directement, ni une magistrature soupçonnée de partialité. L’exemple des fuites d’informations vers les médias, que le pouvoir judiciaire organise ou admet, favorise l’impression de connivence entre juges, médias et politique. Il est surtout révélateur du manque d’égards que l’institution porte au secret de l’instruction qu’elle est censée protéger.

Quant aux médias, ils revendiquent à juste titre d'être indispensables à la démocratie mais, de contre-pouvoir, ils sont devenus un pouvoir comme les autres, mal-aimés comme les autres. Une enquête menée pour le Forum de Davos 2017 révèle que six personnes interrogées sur dix préfèrent les moteurs de recherche aux journalistes, et tendent à ignorer une information à laquelle elles ne croient pas. Malgré tout, les groupes de presse persistent à penser que les lecteurs s’amenuisent en raison des seules évolutions technologiques mais pas du travail journalistique lui-même. Pourtant, comment s’expliquer que la montée des populismes (Brexit, Trump, Le Pen…), dont l’avènement était repérable depuis longtemps, les a tous pris de court. Comment admettre que, nonobstant le nombre considérable de citoyens manifestant leur ras-le-bol par des votes contraires à la bien-pensance, les rédactions s’entêtent à pratiquer l’anathème au lieu d’entendre et d’analyser sans œillères?

Remette l’église au milieu du village

C’est ainsi qu’à force d’avoir tiré sur la corde des privilèges, à force d’avoir été sourds aux revendications des citoyens, à force d’avoir mis les vrais problèmes sous le tapis, à force de s’être complu dans un entre soi stérile, les responsables politiques, judiciaires et médiatiques ont mis à mal la démocratie et c’est la fin d’un certain ordre. Pour preuve, 72% des Français affirment «avoir perdu la foi dans le système» contre une moyenne déjà déplorable de 53% dans l’ensemble des 28 pays sondés pour le Forum de Davos. Il y a donc péril en la demeure, et pas seulement chez notre grand voisin.

Que va-t-il advenir? Sans jouer les Cassandre, deux scénarios sont possibles. Soit une crise majeure, de quelque ordre soit-elle, viendra remettre l’église au milieu du village avec un homme, ou une femme, providentiel sachant prendre les mesures nécessaires, qui seront acceptées, voire encouragées, compte tenu de l’urgence de la situation. Soit nous aurons droit, à moyen ou à court terme, au scénario «décadence» que nous décrit Michel Onfray dans son dernier opus. A moins d’entretenir, un peu naïvement, l’espérance d’un retour de balancier raisonnable qui, par miracle, ne nous conduirait ni au despotisme ni à une jungle hyperindividualiste…

Lire: Michel Onfray: «Notre civilisation n’a plus les moyens de défendre quoi que ce soit de positif»

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