Si le G20 de Cannes avait été un sommet européen, il aurait constitué un succès pour Nicolas Sarkozy. La crise de la zone euro, précipitée par l’annonce d’un possible référendum en Grèce à l’avant-veille de la réunion des 20 grandes économies mondiales, a accaparé jusqu’au bout l’essentiel des discussions et de l’attention de tous.

Le coup de force du président français et de la chancelière allemande, mercredi soir, intimant à la Grèce de choisir si elle voulait rester ou sortir de la zone euro a fonctionné. Athènes a marqué dans les heures qui ont suivi son attachement à l’Union européenne. Le couple franco-allemand en sort solidifié. Echappant au chaos, la zone euro également, à moins d’un ultime rebondissement au parlement grec dans la nuit de vendredi à samedi.

Transformé ainsi en session de rattrapage du sommet européen du 27 octobre, le G20 enregistre en revanche peu d’avancées majeures sur ses sujets de compétence. En début d’année, la présidence française avait affiché d’importantes ambitions. Sur la réforme du système monétaire international, la régulation du marché des matières premières et la lutte contre la volatilité des prix dans les secteurs agricole ou énergétique, par exemple.

Sur ces points, le communiqué final du G20 ne va guère au-delà des déclarations d’intention. Certains pays émergents se sont sentis délaissés, les ONG actives dans le développement frustrées.

Dans le vaste chapitre des promesses, un point sauve la mise de Nicolas Sarkozy, qui s’est érigé en pourfendeur du capitalisme financier sans scrupule. La taxe sur les transactions financières figure noir sur blanc dans le communiqué final, un groupe de pays pionniers emmenés par le Robin des Bois français et son comparse allemand ont décidé d’avancer seuls sur le sujet; les autres membres du G20 ont laissé faire. Le président français, saluant un progrès «stupéfiant», en tire une immense fierté. Pour faire plier les nombreux récalcitrants, il appelle maintenant à la rescousse les opinions publiques dont il aura bien besoin pour concrétiser une taxe dont on ignore encore tous les détails.

Nicolas Sarkozy comptait aussi sur le G20 pour conforter sa stature d’homme d’Etat, capable de tenir la barre par gros temps. De ce point de vue, grâce – si l’on ose dire – à la crise grecque, l’exercice cannois a plutôt bien tourné. Et, pour ne pas rester seulement tourné vers le Vieux Continent, le président français a pris soin et grand plaisir, son sourire le disait, à s’afficher avec Barack Obama, y compris sous la pluie lors d’une commémoration militaire.