Jean-Luc Mélenchon a raison sur un point. En démocratie, l’abstention peut être un redoutable «piège à c…», pour reprendre l’expression utilisée dimanche par le candidat de La France insoumise. Sauf que le député de Marseille, tribun incontesté, devrait aussi ouvrir les yeux. Plus les candidatures se multiplient, plus le débat médiatique est centré sur des questions de personnes et plus l’organisation annoncée de primaires vire à la cacophonie dans les rangs de la droite ou chez les socialistes… plus les raisons de découragement s’installent dans l’électorat assommé par les mois de pandémie et leur lot d’inquiétudes. Les 67% d’abstention aux récentes élections régionales, certes très différentes de la course pour l’Elysée, obligent à réfléchir…

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Il ne s’agit pas, en écrivant cela, de nier l’utilité de l’actuelle pré-campagne, susceptible de voir émerger des figures et des propositions nouvelles. Il ne faut pas oublier non plus que le couperet des 500 signatures requises d’élus (locaux et nationaux, avec des critères géographiques suffisamment contraignants et l’obstacle que constitue la publication d’une partie d’entre elles par le Conseil constitutionnel) pour se présenter au premier tour permettra aussi d’opérer un tri dans les candidatures. Reste une évidence: l’actuelle bataille, centrée sur les personnalités des uns et des autres plus que sur leurs programmes, nourrit une impression dommageable de cacophonie politique. Comme si le scrutin présidentiel avait perdu de son «aura», laissant s’ancrer l’idée que tout le monde, ou presque, peut s’installer à l’Elysée si la chance est au rendez-vous.

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Un pays comme la France, où le pouvoir reste centralisé à l’extrême dans les mains de son chef de l’Etat, n’a aucun intérêt à une telle dévaluation électorale. Il y a cinq ans, la candidature victorieuse d’Emmanuel Macron n’était pas, contrairement à certaines apparences, celle d’un candidat sorti de nulle part. L’actuel président français avait un programme. Sa proposition de dépasser les clivages politiques était innovante. Sa capacité mobilisatrice était incontestable. Ceux qui rêvent de le remplacer à l’Elysée, à l’issue ou non de primaires, doivent donc être à la hauteur de ce défi. Et leurs familles politiques doivent y contribuer. Faute de quoi la pagaille présidentielle, à base de guerres d’ego, ne fera que nourrir la démotivation électorale massive.

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