Editorial

En France, les faux espoirs et la vraie colère des jeunes

Les jeunes se révoltent face à un gouvernement coupable de ne pas avoir cherché à les intégrer à sa réforme du monde du travail. L’actuel président utilisait pourtant la jeunesse comme argument lors de sa campagne électorale

C’est peut-être la vérité qui fait le plus mal. Au fil des rébellions étudiantes qui ont secoué la France ces trente dernières années, rares sont les leaders de ces contestations à avoir résisté aux sirènes des appareils politiques, et notamment à celles du parti socialiste, au pouvoir depuis 2012. Logique, pourrait-on dire, puisque les mots d’ordre de ces révoltes avaient précisément pour but de faire entendre aux élites en place les aspirations au changement débattues dans les lycées et les universités. Problème: rien n’a changé ou presque, et ceux qui, hier, vociféraient contre le pouvoir, ont fini par l’intégrer et s’en accommoder. Triste.

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Il y a aussi de quoi être sévère, alors que gronde la contestation des moins de vingt-cinq ans contre le projet de loi «travail» de la ministre Myriam El Khomri, sur l’impasse dans laquelle l’actuel gouvernement Français dominé par le PS a placé ce texte actuellement débattu au parlement et porteur d’intéressantes pistes de réforme. Au lieu de l’accompagner d’un grand plan jeunesse qui dépasserait les simples promesses de formation, et au lieu de travailler à un véritable donnant-donnant avec le patronat, le président François Hollande et son premier ministre Manuel Valls ont laissé le débat s’enferrer, en oubliant de valoriser le volet «opportunités économiques» que le réformateur Emmanuel Macron voulait, lui, mettre en avant.

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Le calendrier a aussi déraillé: comment justifier que ce quinquennat placé par le locataire de l’Elysée sous le signe de la jeunesse lors de sa campagne de 2012, n’ait pas fait davantage, dès le début, pour expliquer aux jeunes français la nécessité de s’adapter à la réalité du marché du travail, en leur donnant des moyens d’y accéder? Dommage.

Le mouvement «Nuit Debout», qui espère aujourd’hui être l’étincelle d’une nouvelle révolte, est malheureusement miné de faux espoirs. La diabolisation du monde de l’entreprise, dans une France économique plus que poussive, n’est pas de bon augure. Mais la colère dont témoignent ces manifestants nocturnes, à Paris et en province, sur le modèle des «indignés», ne doit ni être sous-estimée, ni balayée au nom d’un quelconque réalisme.

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La vitalité démographie qui caractérise la France dans une Europe vieillissante conduira en effet bientôt cette génération aux commandes, avec un rôle déterminant à jouer sur le continent. Or croire qu’il suffira, encore, pour calmer la donne, de proposer quelques postes douillets d’apparatchiks à ses meneurs serait cette fois une erreur grave. Le monde change. La société aussi. Les jeunes Français n’ignorent rien des ruptures économiques. Ils veulent juste pouvoir les affronter. Debout.

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