Revue de presse

La France est horrifiée par ses résultats dans l’étude PISA

Le recul hexagonal dans le classement international sur les performances des élèves de 15 ans alarme les médias. Qui ne mâchent pas leurs mots pour fustiger un modèle à leurs yeux dépassé et surtout très inégalitaire, qui cause la «faillite» de l’école républicaine

Voilà qui ne va pas remonter le moral de nos amis et voisins français! Si l’Allemagne avait connu son «PISA-Schock» en 2001 et réagi de manière salutaire, cette fois, c’est l’Hexagone qui est secoué par les résultats de l’enquête internationale PISA Les éditoriaux de mercredi après ce conseil de classe planétaire? Ils sont horrifiés. Dans un chat organisé mardi par la responsable du Service éducation du Monde, une de ses réponses résume le tout, à propos des compétences en mathématiques: «Notre élite est toujours excellente, mais c’est le reste de la classe qui ne suit pas.» Aïe. Le modèle national républicain, centralisé à l’extrême, aurait-il pris un coup de froid?

«Il est toujours facile de critiquer l’utilitarisme scolaire», réagit Slate.fr dans la foulée de cet inquiétant diagnostic, «mais la France ne brille pas non plus par l’extraordinaire culture de ses élèves. Ces derniers doivent théoriquement acquérir des savoirs nobles, une culture générale et disciplinaire commune et c’est la plus belle des missions de l’école. Mais que sauraient-ils en faire s’ils ne sont même pas capables de mobiliser leurs acquis du primaire et du collège pour vérifier une addition au restaurant ou pour comprendre un article de journal?»

«Une claque, une débâcle, un naufrage?»

«Non seulement la France recule, si l’on prend en compte les critères académiques, mais, plus grave encore, son école ne fait qu’amplifier les inégalités sociales», constate ainsi Libération, y voyant «une mise en cause fondamentale des principes mêmes de la République» et donnant la parole au sociologue Sylvain Broccolichi, maître de conférences en sociologie à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) du Nord-Pas de Calais, à Lille, qui constate, comme terrifié: «Notre système éducatif est ainsi devenu en 2009 le plus inégalitaire d’Europe et en 2012 le plus inégalitaire du monde.»

«Une claque, une débâcle, un naufrage? Le système scolaire français va de mal en pis depuis longtemps, et l’étude PISA de l’OCDE vient de le souligner, au stylo rouge», commente pour sa part, non moins cinglant, Le Figaro. Qui fustige ce «fameux modèle républicain, qui faisait naguère notre fierté» et qui «est usé, inadapté, ruiné par des années d’aveuglement, de bricolage et de prise d’otage par des syndicats tout-puissants». Contre lesquels le ministre actuel est plutôt remonté, d’ailleurs: voilà pourquoi, entre autres, Le Huffington Post voit dans cette débâcle «une aubaine» pour Vincent Peillon. Lequel, «tel le prêtre qui fait les dernières prières au chevet du futur défunt, […] vient psalmodier les dernières volontés d’un système exsangue», commente Le Nouvel Observateur.

«Un mensonge»

«Désormais, le mythe de l’école de la République repose sur un mensonge. Là où il fut jadis question d’apporter les lumières de la connaissance au bon peuple, il s’agit d’abord aujourd’hui de former une élite. Quitte à laisser un nombre de plus en plus important de gamins au bord du chemin. Les fameux décrocheurs», analyse de son côté L’Est républicain. Et «à ce rythme, la classe France va droit dans le fossé». Punition, donc, et «bonnet d’âne pour le système éducatif», titre la revue de presse de RFI.

«Pour l’école de Jules Ferry, qui se veut celle de tous et pour tous, ce caractère inégalitaire de l’Education nationale est bien le vrai échec majeur aujourd’hui», souligne, quant à lui, Le Courrier picard. «Différents facteurs, depuis une décennie, ont pu jouer un rôle aggravant: la volonté affichée d’amener «80% d’une classe d’âge au bac», sans l’accompagner de l’encadrement suffisant pour faire face à la massification du lycée, la réduction des effectifs et le mépris manifesté par l’ex-majorité sarkozyste à l’égard du corps enseignant», etc., etc. La liste est longue des griefs affichés à l’égard de l’école française. Qui «va mal. Mais on s’écharpe sur les responsabilités et les remèdes à prescrire», selon Le Parisien.

«L’argent va à l’argent, le savoir va au savoir»

Au cœur de cette nation que Jacques Attali qualifie de «pays de rente» dans L’Express, «l’argent va à l’argent, le savoir va au savoir. Les enfants des familles riches le restent. Les enfants de professeurs ou d’ingénieurs ont plus de chances qu’aucun autre d’obtenir un diplôme d’enseignement supérieur. Et, en l’absence de croissance, les places qu’ils occupent ne sont plus disponibles pour les enfants issus d’autres milieux sociaux. En particulier pour ceux qui n’ont pas la chance d’appartenir à un milieu familial attentionné et disposant d’un logement permettant de s’isoler pour étudier.»

Pour Le Républicain lorrain, cette édition de PISA est simplement un «constat de faillite», alors que La Croix, elle, regrette que, «devant ce bulletin très moyen que les citoyens français ne signeront pas de bon cœur, les responsables politiques se renvoient la responsabilité de l’échec. C’est la faute à la droite et à ses compressions d’effectifs; c’est la faute à la gauche, à ses demi-mesures sur les rythmes scolaires et son soutien à l’immobilisme du corps enseignant! C’est leur très grande faute! Le défi, pourtant, devrait rassembler les énergies», insiste le quotidien catholique. Pendant que le journal communiste L’Humanité assure que «l’école a besoin de tout sauf de réformettes» et que «la refonder est une ambition incompatible avec une politique de rigueur économique».

«Confits dans nos certitudes»

«Ce qui explique cette dégradation?» C’est «l’immobilisme, d’abord», lit-on dans un blog des Echos : «Quand la plupart de nos voisins réinventent leur école depuis une décennie, nous restons confits dans nos certitudes. Prisonniers de débats stériles sur les responsables du déclin, nous sommes incapables de faire bouger le Mammouth. […] Ce qui nous manque, c’est une juste allocation des ressources. Aujourd’hui, on surfinance le secondaire, tandis que le primaire et l’enseignement supérieur sont sous-financés. Exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire, puisqu’il faudrait très bien financer les premières années de scolarité, pour intégrer les populations d’origine étrangère et mettre aussi le paquet sur l’enseignement supérieur.»

Alors, poursuit le blogueur, «les réformes engagées par Vincent Peillon vont dans le bon sens. En tout cas, sur le papier. Apprendre aux enseignants à faire mieux apprendre est indispensable. Mettre plus d’instituteurs en face des élèves en primaire et à la maternelle aussi. C’est la voie qu’ont suivie nos voisins avec succès. Mais cela doit se faire à coût budgétaire inchangé et s’accompagner notamment d’un projet pédagogique global, dans lequel les méthodes d’enseignement seront standardisées au nom d’une plus grande efficacité. Bref, une véritable révolution culturelle, qui demandera beaucoup de courage pour être menée à bien.»

«L’accent doit être mis sur le primaire»

La Montagne de Clermont-Ferrand, enfin, juge qu’«on a trop vanté notre ruineux système dans lequel nous dépensons 30 milliards d’euros de plus que l’Allemagne ou le Royaume-Uni pour le même nombre d’élèves». «L’éducation nationale ne manque pas de moyens. Elle doit mieux les utiliser en se défaisant des rigidités administratives et des conservatismes. Pour lutter contre les inégalités, l’accent doit être mis sur le primaire, là où pèsent les déterminismes sociaux. L’abandon du dogme de collège unique, l’instauration des classes de niveau constituent des pistes à explorer. Tout cela ne va évidemment pas sans formation des enseignants et revalorisation du métier dans le cadre d’un statut rénové.»

Il faut sans aucun doute en déduire que «l’électrochoc» – le mot est celui du premier ministre – à infliger à l’école française vise bien une remise en cause fondamentale du modèle établi, dépassé, immobile, élitaire et rigide. Et l’injonction de Rue89 – «Oubliez PISA, on est forts dans plein d’autres trucs!» – n’y suffira pas.

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